Kengtung

Villages Eng, Silver Palaung, Akha,  White et Black Lahu, Thaï Luey, Wa, Shan…

Kengtung, la vieille ville. Photo Marchés d'Asie.

Kengtung, la vieille ville. Photo Marchés d’Asie.

Au bureau Myanmar Airways se presse une foule nombreuse. Tôt le matin, je remplis le matin le formulaire pour avoir une place dans le prochain vol pour Keng Tung, mais c’est à treize heures qu’on me donne l’accord et que je récupère mon billet. Il n’y a pas d’horaire précis mais on a agrafé au billet un bout de papier qui me donne droit au trajet pour l’aéroport gratuit par la navette de la compagnie. Le départ se fait à quatre heures trente le matin, devant mon hôtel. Un vieux bus dans lequel se vident les gaz d’échappement fait le tour de la ville pour prendre des clients et charger quantité de sacs de ciment entassés dans l’allée centrale. Nous mettons plus deux heures pour atteindre l’aéroport mais peu importe, puisque l’avion ne part finalement qu’à midi !

Logement et restaurants

Harry’s guest-house, un peu loin du centre mais pratique car les excursions sont organisées, avec le déjeuner inclu.

Noi Yee Motel, calme et proche du centre, juste à côté du New Keng Tung Hotel, ancienne maison princière qui garde le charme des vieilles maisons.

En revenant du marché, presque en face du Commissariat de police, après le coiffeur, on peut acheter à partir de 11 heures de succulents beignets de légumes.

Puis, en remontant en direction de l’hôtel et sur le même côté, une famille de pakistanais sert, sur deux tables, de très bons lassis.

Restaurant le Shwe Banian tout près de la vieille porte et en face du tombeau du roi. Très bon.

Le marché, tôt le matin, est magnifique. on y trouve de l’artisanat.

Visite des villages : attention,  certains villages sont maintenant visités 4 fois dans la même journée (Village Eng). Bien cadrer le circuit avec la guide (d’autres groupes visiteront-ils le village aujourd’hui ? Quel sera votre impact et que recevront ces gens en échange ?  La plupart des touristes apportent des bonbons, faites utile. Apporter du savon en barre, du désinfectant (bétadine) ou des couvertures ca rles nuits sont très froides. Si vous apportez des vêtements, sachez que les Eng ne les porteront que s’ils sont noirs, les lahu shi, s’ils sont bleus ou blancs.

Ba Ka village, Lahu Shi : « Les touristes viennent parfois. Il y en a eu il y a deux jours. Parfois, ils dérangent, parfois on est content, lorsqu’ils apportent des médicaments. Ils ne posent pas de questions, prennent des photos. De notre côté, on est parfois gênés ; on est mal habillés, pas fiers. Le plus important pour nous serait d’avoir des vêtements chauds, des vestes, entièrement blanches car si les vêtements ne sont pas blancs, nous ne pouvons pas les porter. »

Kompan village, lahu Shi : ici, on cultive aussi riz, soja, maïs, arachides. Dans le village, la plupart des familles ont un buffle. Jusqu’en 2008, on voyait environ un touriste par mois mais maintenant un peu plus. Leur passage n’apporte rien, ils prennent des photos et s’en vont. Eux aussi aimeraient avoir des vêtements chauds blancs, sinon ils ne peuvent pas les utiliser.

Loï Mwe, village Akha, Bamar, chinois et Lahu. On cultive le riz de montagne, le soja, les haricots, les avocats. Les touristes commencent à venir ; il y a ici un hôtel gouvernemental à réserver à Mandalay  d’où l’on envoie le personnel nécessaire en fonction des réservations.

Woua Nyè,  village, Loey, bouddhistes : des familles sont parties en ville à Mong La dans l’espoir d’une vie plus facile. On cultive le riz de montagne, les légumes et les champs sont à quinze minutes de marche. On voit ici environ soixante touristes par an depuis peu de temps. « On ne comprend pas bien ce qu’ils font, mais on est content. »

Hou Chin N° 4, village Akha animiste : pour accèder au village, il faut emprunter la route construite par les Wa qui demandent un prix de péage faramineux de 4 000 Kyats par voiture pour environ 12 km. Au niveau des magasins et restaurants, continuer à pied en prenant sur la droite. Le village fait partie d’un ensemble de quatre villages Akha, n° 1, 2, 3, et 4. Deux villages sont animistes, l’un est chrétien et l’autre bouddhiste ; ils partagent une école.

Les femmes brodent… pour vendre aux touristes qui passent. Les villageois cultivent riz, haricots, et font du vin de riz avec un alambic en bambou. Un litre se vend entre 700 et 1 000 Kyats.

Hou Chin N° 1, village Akha : population catholique, plus de 40 maisons. Font de l’artisanat, de l’alcool de riz vendu au village ou sur la route.

Ba Pe village Akha : Les villageois vivent de l’agriculture et font de l’artisanat pour les touristes qui passent.

Pang Leu, village Eng : Ici, on cultive le riz de montagne, les arachides, concombres, soja…Depuis cette année, les femmes se sont lancées dans l’artisanat qu’elles vendent aux touristes ce qui a changé leur vie. Les villageois disent avoir besoin de couvertures car il fait très froid.

Noun Syan, village Akha : 16 maisons. Les villageois vivent de l’agriculture et font de l’artisanat pour les touristes. Ils cultivent riz des montagnes, bananes, poivre, pois, arachides. Depuis que les touristes viennent et achètent parfois l’artisanat leur vie est plus facile, mais ils regrettent qu’il n’y ait pas de moto au village, ni de télévision, parce que les gens aimeraient voir des films ou du foot avec les enfants.

De Rangoon à Keng Tung, nous survolons à basse altitude les montagnes et la forêt. L’avion s’arrête à Heho, Mandalay, Tachilek, avant d’atterrir à Keng Tung où le fonctionnaire de l’immigration me retient ; il doit inscrire, en plus du nom de mon père et de mon numéro de visa, l’adresse de mon hôtel… et, «je ne sais pas encore où aller… »  Parole malheureuse ! Finalement, son registre sous le bras, il monte avec moi dans le tuck tuck pour constater lui-même. Je paie le trishaw pour le trajet aller et pars dans ma chambre, le laissant se débrouiller pour son retour.

Le grand Bouddha surplombant la ville. Photo Marchés d'Asie.

Le grand Bouddha surplombant la ville. Photo Marchés d’Asie.

L’hôtel Noï Yee occupe une ancienne maison princière entourée d’un joli jardin. A cinquante mètres, le gouvernement a détruit le palais du dernier prince shan malgré les protestations de la population et construit un hôtel tape-à-l’œil d’où sortent quelques véhicules militaires. Je file au marché : la plupart des marchandises arrivent de Thaïlande et de Chine ; je croise des Akha en grand nombre, Silver Palaung, Thaï Leuy, une famille de Lahus. Tous sont venus acheter outils, bougies, savon ou vendre légumes ou thé, puis ils repartent dans leur village, leur monde. Le soir, à la terrasse du Golden Banian, on me sert un poisson farci au gingembre et à l’ail. Le serveur se présente ; il s’appelle Noum ; sa mère est Lahu, son père Akha ; il est aussi guide local et peut m’emmener visiter la région. Nous nous mettons d’accord sur cinq jours de marche vers des villages éloignés. Ici, les touristes n’ont pas le droit de dormir hors de la ville ; nous partirons tôt, je paierai la moto, son salaire de guide local et le déjeuner.

À 5 h, nous nous retrouvons au marché et je remplis mon sac de savons, bougies, pansements, désinfectant, vitamines… petits cadeaux qui me permettront de ne pas arriver les mains vides. Noum me montre un étal d’énormes larves d’abeilles vivantes que l’on mange frites. Nous enfourchons la moto de location et commençons par un tour en ville : le tombeau du prince de Kengtung devant lequel il vaut mieux ne pas s’attarder pour ne pas déplaire aux autorités, les portes, vestiges des anciennes fortifications. Plus loin, à l’extérieur de la ville, le marché aux buffles. Les animaux sont examinés sous toutes les coutures, marchandés pendant des heures avant d’aller trouver le juriste qui rédige l’acte de vente permettant d’emmener la bête. J’apprends qu’un buffle noir, plus résistant, vaut plus qu’un buffle blanc, une femelle plus qu’un mâle, près de 300 dollars.

Riziculture. Photo Marchés d'Asie.

Riziculture. Photo Marchés d’Asie.

Nous prenons l’ancienne route vers la Chine, qui n’est plus qu’une mauvaise piste, impraticable au mois d’août ; la moto roule sur les pierres, zigzague entre les ornières… et crève. Nous continuons à pied jusqu’à la boutique du réparateur. La forêt a l’odeur parfumée du «youkélé», un arbre local dont on extrait l’essence, me dit Noum. Le temps d’une pose photo, mon regard tombe sur un serpent bleu-vert qui se jette sur une grenouille et s’éloigne dans l’herbe pour l’avaler tranquillement. Quelques femmes Akha nous abordent sur le chemin, prêtes à vendre tout ce qu’elles ont, comme s’il était convenu d’avance que les étrangers sont là pour acheter ! Nous les suivons jusqu’à leur village, presque sur notre route. Là aussi, un petit commerce est organisé : bijoux de pacotilles et tissages. Les femmes Akha sont directes et signifient leur mécontentement devant mon refus d’acheter, puis elles rient quand je leur fais remarquer la piètre qualité de ce qu’elles vendent ! Au village Black Lahu, nous laissons la moto chez l’institutrice en charge de soixante-dix enfants entre cinq et treize ans ! Sa fille tient une boutique à l’angle de la rue, où se sont arrêtés 3 hommes Eng venus vendre ici leurs tables basses en bambou. Ils rient en voyant les photos et demandent à poser eux aussi. De là, nous montons à pied et découvrons après une heure de marche, un village construit à flanc de montagne ; un grand panneau posé par le gouvernement, recense les biens du village, et ceux qui ont l’air de manquer…

Nom du village : Pang Le
Maisons : 23
Familles : 23
Habitants : 109
Hommes : 57
Femmes : 52
Entre 18 et 45 ans : 48
Plus de 46 ans : 4
Vaches : 5
Buffles : 10
Poulets et canards : 70
Cochons : 50
Pagode : 0
Eglise : 0
Ecole : 0
Dispensaire : 0
Générateur : 0
Terres cultivées : 25 acres
Forêt : 57 âcres
Voitures : 0
Moto : 0
Vélo : 0
Trishaw : 0
Toilettes : 0

Village Eng. Photo Marchés d'Asie.

Village Eng. Photo Marchés d’Asie.

Une adduction d’eau en bambou suit la pente et amène la source à portée de chaque maison. Je passe sous le portique en bambou et entre dans le village. Les maisons Eng sont construites en bois pour la structure, en bambou pour le sol et le mur, en feuillages pour le toit. En bas, c’est le bric à brac, le stockage des outils, l’abri des animaux, l’atelier de tissage pendant la saison sèche. On accède à la maison par une échelle en bambou sur la terrasse donnant sur la vallée. C’est là que l’on reçoit les visiteurs… et le village entier arrive. Vieillards, parents, enfants et même nouveau-nés habillés en noir, s’amassent autour de moi me voyant sortir des photos.

Point d'eau, village Eng. Photo Marchés d'Asie.

Photo Marchés d’Asie.

Mon regard fixe les lèvres et les dents des adultes, noircies par les feuilles mâchées : ici, aucun de mes codes n’ont de valeur. Le chamane est aussi important que le chef du village ; il veille au respect des traditions Eng, la seule chose enseignée aux enfants. «Est-ce qu’il y a besoin de savoir lire pour chasser et respecter les traditions ?». Les Eng cultivent riz et légumes pour leur consommation. Les champs sont à une heure de marche du village ; les enfants participent aux travaux. Les hommes fabriquent aussi des tables basses que l’on vient acheter de Thaïlande disent-ils fièrement. J’ai apporté pour eux des petits sacs en tissu contenant du savon, du désinfectant et un mode d’emploi en bande-dessinée. Entre deux verres de thé, on me montre les tissages, l’indigo prêt dans une bassine. Nous quittons le village sous les «mouououng» des femmes, ce qui veut dire merci, bonjour, bienvenue et au revoir…

Nous traversons un village Black Lahu, un autre Wa et nous arrêtons au village Akha de Noun Syan : le panneau du gouvernement indique une population de trente-huit hommes et trente et une femmes, seize maisons, seize familles. Pas de dispensaire, pas d’école, pas d’infirmière. Ils vivent de l’agriculture et de l’artisanat vendu aux touristes. A.. qui nous reçoit, prépare notre repas contre un dédommagement et répond à mes questions. Les touristes achètent parfois de l’artisanat, ce qui améliore leur vie ; mais ils regrettent de ne pas avoir de moto pour aller en ville, de temps en temps, voir des films ou du foot avec les enfants. Une femme vient d’apprendre la mort de son jeune frère et crie en direction de la vallée pour transmettre le message au village d’en face. Notre descente est abrupte, au travers d’une bambouseraie jusqu’à une cascade. Les pierres sont glissantes et l’eau fraiche.

Le dernier village, Eng, s’appelle Nam Lin Maï, du district de Hing Taw ; lui aussi a un grand panneau à l’entrée. Il y a ici seize maisons, seize familles, pas d’école, d’église ou de pagode, un cochon et deux vaches par famille. A l’entrée du village, une petite case ouverte sur un côté est ornée de crânes d’animaux, fixés au plafond par des liens de paille. C’est l’autel des nats de la chasse. Avant le départ, les chasseurs y font des offrandes ; au retour, ils s’y arrêtent pour dépecer et cuisiner le gibier, avant de le partager entre tous. Les femmes me reçoivent sous un auvent et rient des photos prises il y a seulement quelques mois. La plus jeune fille du chef me parle devant sa mère : «tu es riche ; moi, je ne suis jamais partie du village ; si tu reviens, rapporte moi une brosse et de la pâte pour nettoyer mes dents». Au retour, nous nous arrêtons le temps de faire le plein d’essence et de manger un bol de nouilles shan. La cuisinière, devant une marmite d’eau frémissante, laisse tomber les nouilles qu’elle coupe au ciseau, ébouillante la coriandre et les germes de soja, met le tout dans un bol avec un peu de sauce, d’huile, piment et, sur le dessus, quelques oignons grillés et craquants. Noum ne laisse à l’hôtel à la nuit tombée.

Dimanche – Avant de prendre la route, nous prenons un petit déjeuner sur le bord du lac. Tout semble si paisible… Nous croisons d’abord un groupe de femmes Akha en route vers les champs. Puis le sentier grimpe dans la forêt. Nous croisons un groupe de cinq jeunes Lahu shi du village de Ba Ka. Ici, les filles portent de nombreux colliers tressés finement avec une liane de la forêt, et aux oreilles, de gros ear-plugs en forme de tambours. Les hommes et les enfants portent tous les cheveux coupés au carré avec une frange bien droite. Après 2 heures de montée, nous apercevons le village de Kong Té qui compte 57 habitants ; le nombre d’habitants s’est réduit au point que le village voisin va venir s’installer chez eux ; dans quelques mois, ils seront 127 habitants. Le gouvernement a envoyé depuis 6 mois un instituteur chargé d’apprendre le birman aux enfants. En compensation, le village a du se convertir au bouddhisme, construire une école et pourvoir aux besoins de l’instituteur pour compléter son salaire maigrichon de 5 dollars par mois. Nous sortons notre repas : riz et saucisses, échangé avec celui de la famille qui nous reçoit : riz et épinards locaux. On cultive ici riz, courges et légumes ; on chasse aussi. Mais cette année, le riz manque. Je voudrais rapporter en souvenir un de ces colliers de paille que portent les femmes. Ma demande commence par surprendre, puis, voilà les femmes qui enlèvent leurs colliers et me les mettent dans les mains… Je repartirai avec trente colliers et un pantalon bleu, brodé sur les coutures de points serrés de coton rouge. La femme du chef a le sourire ; elle empoche, pour quatre colliers, un billet de 1 000 Kyats en me disant : «ma grand-mère a eu de l’argent, puis il n’y en a plus eu et aujourd’hui, pour la première fois, j’ai un billet…» En descendant vers le village suivant, nous visitons l’école. Une vingtaine d’enfants entre cinq et sept ans tracent des lettres sur un cahier posé sur le sol qu’ils vont montrer à l’instituteur, assis sur la terrasse.

Nous rentrons par les sources chaudes ; l’eau sort à 95° et refroidit dans une rigole en plein air, jusqu’aux cabines simples, familiales ou luxe… avec une baignoire importée. Ma cabine est simple : baignoire creusée dans le sol et carrelée, assez grande pour faire la planche ; il fait sombre : la lumière du jour passe par le haut du mur et la température de l’eau se règle avec un gros tuyau d’eau froide dont on enlève le bouchon.

Noum attend à la maison de thé, face à l’entrée, où se vendent toutes sortes de friandises : cafards grillés, grenouilles séchées et des œufs de canard ou de poule que l’on va plonger dans la source avec un panier en bambou. En cinq minutes, nous avons chacun deux œufs de canne «matché dadgé», c’est à dire mollets ! Sur le retour, nous traversons les plantations d’hévéas et, avant la ville, tombons sur un embouteillage, un vrai capharnaüm venant de la ville, chapelet misérable de centaines de voitures, liées par trois par une lanière en pneu ou un tronc d’arbre ! Ce sont les voitures «illégales», importées de Thaïlande sans déclaration ni taxes et réquisitionnées par le gouvernement. Rendues aujourd’hui, le propriétaire perd la voiture ; demain, il sera taxé de 7 ans de prison. Les voitures ont toutes été mises hors d’usage par leur propriétaire !

En ville, je quitte Noum devant la marchande de beignets de légumes. Rien n’est meilleur ! Je choisis de quoi dîner et descends près du lac manger à la terrasse d’un bistrot. Sur la colline, un très grand bouddha doré étend un bras pour protéger la ville. Tout près, je trouve l’atelier du dernier laqueur de Keng Tung. 2 artisans sont encore occupés à la reproduction d’un chapeau royal ; la forme, un tressage en bambou, est terminée, couverte des 7 couches de laque noire, et brillante. Il reste à reproduire d’après la photo le motif en relief fait avec les fils de laque puis à passer une dernière couche de laque avant d’appliquer les feuilles d’or sur le décor en relief.

Je fais le choix de prolonger mon séjour ici : Noum est un guide agréable, j’aime marcher, le coin est beau, et chaque village apporte des rencontres… En route pour le petit déjeuner, je croise au rond-point cinq camions militaires traînant de l’artillerie lourde ; c’est la fin de la saison des pluies, fin aussi de la trêve de l’armée ! La ville de Mong La est réputée pour son casino, recyclant un peu de l’argent généré par les trafics et la drogue. Elle est visitée par les chinois et les Thaïlandais pour son marché de gibier : serpents, griffes de tigres, ivoires… Il faut un permis spécial pour y aller ; nous nous présentons à l’émigration à huit heures trente avec trois copies de mon passeport et cinq dollars. Le responsable est là. «Le problème, dit-il, c’est qu’il va falloir payer mon café»…et je regarde les mains de Noum qui, sous la table, me montrent le montant à payer. Nous repartons avec trois formulaires que Noum devra faire signer à chaque barrage et rapporter ce soir, ici même. C’est lui qui a signé ; il est maintenant responsable de moi.

La route est excellente ; nous ne croisons aucun véhicule à l’aller. Sur la ligne des cimes, nous nous arrêtons pour refroidir le moteur. Il faut plus de deux heures pour arriver au croisement…. Je laisse Mong La aux touristes chinois et thaï et nous prenons la piste sur la gauche. La latérite, à la fin de la saison des pluies la pluie, colle aux roues ; un arbre s’est abattu en travers de la piste qu’il nous faut d’abord dégager. Tout près se trouve l’autel des nats de la forêt, et sur la crête, un joli monastère du XVIIe siècle. Quatre novices nous emmènent vers le moine. Le village de Woua Nyè, juste derrière le monastère comporte huit longues maisons hébergeant chacune entre six et huit familles. La pièce principale se répartit en 8 espaces et un foyer pour chaque famille ; dans le fond, une petite porte donne accès à la chambre familiale, sous la soupente. On nous accueille simplement, attendant que je m’explique : je m’intéresse aux villages des montagnes et aux gens qui y habitent et aux tissages qu’ils font encore. Puis, faisant le tour du village, je laisse à chaque famille savon et désinfectant dans un sac en coton. Nous sortons notre déjeuner, riz et saucisses, qui disparaissent alors qu’on nous apporte riz gluant, champignons et porc grillé restant du cochon tué hier pour fêter le début du carême bouddhique. Délicieux.

Nous redescendons, avant la pluie et la tombée du jour, restituer le formulaire dûment tamponné. Le lendemain, je trouve une touriste suisse pour partager location de voiture et guide. L’excursion à Loï Mwe nous oblige à passer de nouveau par l’immigration pour une autorisation. Loï Mwe m’apparaît comme un gros bourg peuplé d’Akha, Bamar, chinois et Lahu. On cultive le riz de montagne, le soja, les haricots, les avocats, mais on ne souhaite pas me parler, il y a beaucoup de militaires…

Pour le dernier jour, nous empruntons la route entre Kengtung et Tachilek. Construite par les Wa, ils prélèvent maintenant des droits de péages qui ne devraient pas tarder à rembourser les travaux ! (Quatre mille Kyats pour faire une quinzaine de kilomètres ! Une somme !) Sur le parking où nous laissons la voiture, magasins et maisons de thé offrent les ressources locales : fruits, gibier, insectes grillés… Sur la droite, le sentier s’enfonce dans une forêt claire et, après une heure de marche facile, nous arrivons aux villages Akha de Hou Chin, en fait quatre villages dont deux sont animistes, l’un chrétien et le dernier bouddhiste qui partagent une école. On différencie les villages par un numéro, de 1 à 4 ; Hou Chin Nunéro quatre est animiste. Ici, les femmes brodent et cousent sans s’arrêter. Le village cultive riz et haricots et produit du vin de riz avec un alambic en bambou. Hou Chin Numéro 1 est catholique. Une petite église en brique occupe le fond de l’allée où s’alignent de part et d’autre, les maisons. Les femmes, là aussi, font de l’artisanat et de l’alcool de riz et réclament du paracétamol. Dans les 2 autres villages, pas d’artisanat ni d’alcool de riz ; on cultive.

Le lendemain, je gagne l’aéroport sous une pluie diluvienne ; le trajet de retour se fait en quatre sauts de puce avant d’arriver à Rangoon.

Onglet vide, Éditez la page pur ajouter du contenu ici