Total en Birmanie

 

Le projet Yadana – Daw Aung San Suu Kyi : « La firme française Total est devenue le principal soutien du système militaire birman » entretien avec Frédéric Bobin, Le Monde, 1996

Le projet Yadana concerne l’exploitation par Total et Chevron Corp., la société thai PTT et la compagnie birmane Moge, d’un gisement de gaz de 150 milliards de m3 de gaz naturel dans le golfe de Martaban et le transport par gazoduc (409 km majoritairement sous-marin) jusqu’en Thaïlande. Total détient 31 % des actions du projet, la société apparait comme soutien moral du gouvernement et est accusée d’agir en connaissance de cause. (Earth Rights International), affirme dans 2  rapports de 2009 que « le projet Yadana a généré 4,83 milliards de dollars au régime birman, argent investi à Singapour non versés au budget national.

Le projet est critiqué d’une part en raison des sanctions économiques mises en place suite aux violations des droits de l’Homme dans le pays mais aussi parce que la région du projet est peuplée par la minorité Karen, en lutte contre le gouvernement. Pour mettre en place le projet au début des années 1990, les offensives se multiplient contre la guérilla Karen. L’armée est renforcée dans la région, sécurisant le couloir terrestre du gazoduc sur 65 km, les violations des droits de l’Homme nombreuses. Des plaignants parlent de torture et de travail forcé sur le site du projet, violations que la société Total ne peut pas ignorer. Dans les années 1990, Des réfugiés Birmans accusent Total d’avoir utilisé le travail forcé. En 2002, 2 Birmans, âgés de 13 et 23 ans au moment des faits en 1995 déposent une plainte en France contre Total. Ils disent avoir  été recrutés de force par l’armée pour le chantier de Yadana.
B. Kouchner s’en mêle !

En 2002, B. Kouchner accompagne Christine Ockrent, venue faire un portrait de Aung San Suu Kyi. Au retour, sollicité par les avocats de Total, Me Jean Veil, fils de Simone Veill il crée la société BK Conseil qui charge l’unique salarié, B. Kouchner, d’une mission venant de la société Total, Il visite la zone de Yadana, alors que la quasi-totalité des sociétés occidentales boycottent la dictature et publie un rapport en septembre 2003.  (http://birmanie.total.com/fr/publications /rapport_bkconseil. pdf)  Le rapport pointe des investissements dans 13 villages (dispensaires et écoles), sans aller plus loin et blanchit Total ! Rémunéré 25 000 euros, B. Kouchner écrit : « Rien ne me laisse à penser que le groupe ait pu prêter la main à des activités contraires aux droits de l’homme «  » Je suis sûr à 95 % que les gens de Total ne sont pas capables de ça, ce ne sont pas des esclavagistes ».

Htoo Chit, porte-parole de 6 plaignants en France,  regrette que  » ce rapport cherche à faire croire que la présence de Total en Birmanie est positive. » Pourquoi avoir refusé de voir la réalité du travail forcé, incluant celui d’enfants ? M. Kouchner a balayé du revers de la main la réalité de cet esclavage de centaines de Birmans avec un argument incroyable : les tuyaux du pipeline seraient trop lourds pour être portés par des enfants…
Plusieurs documentaires et le témoignage de l’ex chef de la sécurité de Total sont accablants. Plaidant la prescription des faits et l’irrecevabilité de la plainte, les avocats de Total  soulignent qu’aucun des plaignants n’est encore venu dans l’Hexagone et leurs plaintes ont été rapportées par Htoo Chit, seul Birman à avoir été entendu par le juge.  Néanmoins, Total négocie un accord conclu en 2005 avec l’association Sherpa qui représente les plaignants visant à dédommager toute personne victime de violation de ses droits sur le chantier.