Pathein, la ville des ombrelles

 

Le ferry. Photo Marchés d'Asie.

Le ferry. Photo Marchés d’Asie.

Les plages de Ngwe Saung et Chaungtha

De Rangoon, une nuit de bateau suffit à rejoindre Pathein. L’embarcadère se trouve dans la ville chinoise, en plein centre. Le pont inférieur regroupe les toilettes et le restaurant ; c’est là que s’entassent les gens en troisième classe. Je voyage donc en classe supérieure, qui me donne droit à un étroit transat. Au vu des cafards qui courent sur les tables du restaurant, je choisis de faire diète. Pas de chance, le trajet que j’ai toujours fait en 12 à 14 heures va nous prendre 26 heures !

Quelques adresses :

Pathein : Taan Taan Ta guest-house, un peu décrépie mais sympathique. Le patron organise le transfert en moto sur Ngwe Saung à toute heure, ce qui permet d’éviter l’attente du bus. Ballade rapide et agréable. Une maison de thé tout près de la boulangerie et de la guest-house permet de prendre le petit déjeuner (ouverture 7 heures).
Musée près du marché intéressant. De Pathein, deux plages sont facilement accessibles : Chaungtha, la plage des Birmans aisés. Je préfère Ngwe Saung.

La plage de Ngwe Saung est un grand chantier. Un grand nombre d’hôtels chics sont disponibles, il est probable que le seul hôtel proposant des chambres en-dessous de 25 euros aura disparu en 2014. La plupart des autres hôtels sont de catégorie supérieure et appartiennent tous aux quelques privilégiés de l’ex-régime militaire qui tiennent actuellement l’économie du pays.

Ballades à faire dans les villages de pêcheurs, au Sud, comme au Nord, en taxi moto à choisir dans la rue des restaurants.

Le camp des éléphants, à une heure de voiture ou moto de Ngwe Saung appartient au gouvernement mais il est géré par Tay Za, un des hommes d’affaires privilégiés du gouvernement et une des plus grosses fortunes du pays.

 

Nous nous éloignons de Rangoon. Tout à coup apparait Shwedagon entre les vieux immeubles du centre puis, au virage, tout disparait, laissant la place, très vite, aux rizières et usines à paddy du delta.

Les haltes sont longues : on charge et on décharge au milieu d’une nuée de vendeuses et de bonimenteurs. Sur le bateau, il semble qu’il n’y ait rien d’autre à faire que de manger ; on palpe les samousas, poissons frits ou gâteaux divers, on choisit avec soin puis, au coup de sifflet, les vendeurs s’éclipsent comme une nuée de moineaux, sautant de la balustrade… et nous reprenons la route. Trois longues escales nous laissent le temps de mettre pied à terre. Plus tard, dans la nuit,  le brouillard oblige le capitaine à stopper les moteurs : on ne voit ni le ciel ni les berges. Les néons, juste au-dessus de ma tête, attirent les insectes qui tombent sur mon livre.  Une  radio braille ; je prends mon duvet, monte sur le pont supérieur, et dors à même le métal rouillé, serrée dans mon sac pour me protéger de l’humidité.

A 18 heures, nous débarquons à Pathein, la ville des fabricants d’ombrelles en papier et en soie ; je file en ville à la guest house Pann Pann Pa puis au restau le plus proche.  Dans ma chambre, la peinture semble tenir les murs. Le robinet est cassé en deux, et tout fuit. Le lendemain, une moto m’emmène jusqu’à la plage : un trajet agréable qui me fait gagner quatre heures.

Partie à 6 h 30, j’arrive à 9 heures à l’hôtel Pearl Ngwe Saung, le seul qui soit abordable, même s’il ne faut pas être trop regardant. La plage est magnifique et des taxis-moto attendent tous les jours, prêts à m’emmener dans les villages. Du côté de Chaungtha, on trouve vite, sur la côte, les gros blocs de rochers qui s’enfoncent dans la mer. Nous passons les élevages de crevettes de la Société Yuzana, dont le propriétaire, un privilégié proche du régime militaire, me dit mon chauffeur, a exproprié ici de nombreuses familles avec le soutien du gouvernement, et possède ici 5 élevages de crevettes et un hôtel. Notre ballade se termine au village de pêcheurs ; la pêche étalée au soleil. Dans le village, tout le monde est occupé à trier le poisson qui partira ensuite pour être vendu à Pathein.

De l’autre, côté, au Sud,  la route est en réfection. Nous passons par la plage ; pour franchir une crique, il faut prendre une barque, et nous acquitter de 300 Kyats pour le passage de la moto puis, nous arrivons au village de Sinn Ma (l’éléphante) : un village propre où les habitants attachent beaucoup d’importance à leurs plantations de fleurs. Comme d’habitude, je sors les paquets de graines de France, et tout le monde veut des courgettes, dont le paquet montre la fleur et le fruit. Je rentre à 3 heures, pour un rendez-vous avec le masseur  qui se lance dans un flot de paroles dont je ne saisis qu’une partie : la prochaine expulsion de la maison, et finalement de tout le quartier, pour que Tay Zar construise un quatrième hôtel grand luxe ici. Mais que fait-il de son argent, lui qui, en  2009, reconnaissait que ses liens avec les militaires lui permettaient d’amasser plus de 500 millions de chiffres d’affaire par an ?

Les gens sont inquiets…