Le lac Inlay

Des jacinthes d’eau qui deviennent jardins

Le bus parti la veille à dix-neuf heures de Bago pour Taunggyi me laisse au carrefour à trois heures du matin ; le chauffeur m’indique de la main la direction. Mon sac à roulettes ameute les chiens du village qui me suivent en hurlant. Un homme, enroulé dans une couverture me fait comprendre que Nyaungshwe est loin, à plus de quarante kilomètres !… Et c’est en stop que je finis le voyage, sur des choux-fleurs partant au marché !

Au croisement où les bus déposent les touristes, les camionnettes attendent, décidées à mener les touristes à la guest-house qui leur donnera une commission… Tant de guest-houses, de restaurants,ont été construits pour les touristes qui ne venaient pas !

Logement :
Mingalar Inn,
une guest-house bien tenue, où le petit déjeuner se prend sur une grande terrasse. L’accueil est chaleureux et tout le monde est prêt à organiser pour vous un séjour sur mesure. Juste à l’angle de la guest-house se trouve une petite galerie de peinture, à découvrir…

Restaurants : 
Sur le lac, il faut, selon l’endroit, profiter d’une terrasse, quitte à jouer les touristes. A Nyaungshwe, ou sur un marché, les échoppes sont les meilleurs endroits pour manger.

Excursions :
Superbe ballade
à Sakkar par bateau en 3 heures, il faut un guide Pa O (10 $) et payer le droit d’entrée (5 $ /personne). A 200 mètres à pied, fabrique, d’alcool de riz. Le riz est cuit puis on y ajoute de la levure et on laisse fermenter 3 jours dans de grandes jarres en terre cuite avant de distiller dans un alambic en bambou. L’alcool à 40° se vend 6 000 Kyats la bouteille. Juste après Sakkar, pagode Thakaung Mewtaw en rénovation depuis 2007 avec le financement d’un moine de Singapour (belle conservation).

Les sources chaudes : on peut y accéder par la route, en bateau ou en vélo. Une partie est aménagées (piscine en béton). Attention à ne pas sauter dans la piscine, l’eau est brûlante. Les mares situées à l’extérieur de l’enceinte sont gratuites. Prévoir un longy.

Trecks facilement organisés. Possibilité du côté de Indein, dans la montagne, non fréquentée par les touristes.

À lire, à voir :

MIN HTIN KO KO GYI, The floating tomatoes, Creative Media House, 36 minutes, 2010 : ce documentaire montre la face cache des jardins flottants et les problèmes liés à une forte pollution cause par l’utilisation peu encadrée de pesticides, ainsi que les conséquences lourdes pour la population et l’environnement.

ROBINNE, François, Fils et maîtres du lac, Relations interethniques dans l’état Shan de Birmanie, CNRS éditions, Editions de la maison des sciences de l’Homme, Paris, 2000, 364 pages. Le livre décrit les relations entre les groupes ethniques des villages de la région du lac : relations économiques entre groupes éleveurs et groupes cultivateurs par exemple, et relations symboliques permettant à tous les groupes de tenir leur place pendant les grandes fêtes du mois d’octobre.

Je retrouve Maung Win, mon guide, découragé par les difficultés de sa vie ici. Trop de concurrence entre les guides, le tourisme en baisse… Pour tester de nouveaux circuits, je file au marché faire quelques courses : de l’eau, des fruits, du savon, des bougies à laisser en cadeau et termine l’après-midi aux sources chaudes : du débarcadère du village, je rejoins les femmes et plonge dans l’eau chaude.

 Photo Marchés d'Asie

Photo Marchés d’Asie

Je pars avec Alef et Ria, baroudeurs hollandais qui attendent sur le port. Deux heures de bateau nous emmènent le matin au Sud du lac, à Indein d’où nous continuons à pied : 400 piliers de bois soutiennent le couvert des marches donnant accès aux deux mille stupas. Parfois, un arbre a pris racines autour du stupa et l’enveloppe. Puis nous prenons de la hauteur ; des femmes Pa O descendent avec de lourds paniers sur leur dos. Avant le village de Kyaw Tou, nous longeons un étang. Un enfant y conduit son cheval, les femmes font la lessive et des novices boivent au puits.
Nous allons chez U Tu, le chef du village, dont la famille tient l’unique magasin du coin. Ça va et ça vient dans la boutique ; les enfants choisissent des friandises, fruits marinés au vinaigre et séchés au soleil ; ils se pressent à la fenêtre alors que, autour d’un thé, on commente les photos apportées. Je donne mes cadeaux : échantillons de parfums demandés à mon dernier passage pour les dames, lampe de poche à dynamo pour U Tu. Je reçois quant à moi un sachet de plantes contre le mal de tête. Les femmes sont lancées dans la confection à la chaîne de sachets de sucre en poudre : une cuillérée à café dans un minuscule sachet fermé ensuite à la flamme d’une bougie.
Kyaw Tu est un village en pleine expansion : 424 maisons pour 2 200 personnes, une école gouvernementale, un monastère, une clinique ! En face de sa maison, U Tu a construit une salle vidéo. On nous prépare riz gluant et curies : œufs, aubergines, choux-fleurs et pommes de terre frites ! J’achète une tenue Pa O en sergé de laine et de petites boucles d’oreilles faites d’un ruban d’argent roulé très serré portant une rangée de petites fleurs ciselées.

Indein. Photo Marchés d'Asie.

Indein. Photo Marchés d’Asie.

En descendant, à la sortie du village, nous rencontrons la sage-femme, en poste ici depuis trente-deux ans. Les jeunes la saluent : « Bonjour grand-mère »… Très vite, nous atteignons le bord du lac où nous attend le bateau. Autour du lac, on accède aux villages lacustres par les canaux. Parfois, parce que le niveau de l’eau a baissé, les Intha ont construit de petits barrages pour bloquer l’eau ; les bateliers prennent de la vitesse pour franchir le passage juste de la largeur du bateau. Au Sud, c’est le village Shan de potiers : de grosses cruches y sont tournées à la main, cuites sous terre puis chargées sur un char à bœuf jusqu’au lac et emmenées au marché. Une petite fille au regard triste nous entraîne vers sa maison. Ici, la famille, 8 adultes, gagne à peine 500 Kyats par jour. Nous discutons longuement autour d’un gobelet de thé des enfants, de leur avenir, du coût de la vie, du tourisme qui se développe, sans les atteindre. Sur le retour, nous croisons un homme, debout sur une bande de terre qu’il pousse avec une perche. Il vient d’acheter un jardin flottant, et le ramène chez lui. Car les Intha cultivent des jardins flottants et fournissent une partie des légumes vendus au marché de Rangoon !

Sur le lac, on tisse l’ikat : la soie naturelle, une fois filée, est préparée pour la teinture : l’homme est assis, une jambe repliée, et noue un long écheveau, très vite. Il semble connaître exactement l’espace entre les liens qui empêchera la teinture d’imprégner le tissu. Au tissage, le motif se dévoile, comme par magie. Deux ateliers tissent le fil des lotus que l’on trouve abondamment sur le lac. Il faut un temps infini pour réaliser un seul mètre de ce tissu : cueillir d’abord les feuilles de lotus puis les couper par le milieu et tirer doucement les deux bouts. Quelques minces fibres apparaissent, que l’on tord et pose sur la table avant de recommencer entre 20 et 30 fois pour avoir l’épaisseur voulue et sept centimètres de longueur de fil… Le soir, en rentrant, je dîne avec Alef et Ria sur la terrasse de la guest-house : salade de tomates et d’avocats assaisonnée aux arachides et au jus de citron, curies de légumes et du riz ; nous continuons la soirée devant un Mandalay rhum au citron vert. Bon moment !

Pour ce dernier matin à Inlay, nous nous retrouvons pour un tour de bateau jusqu’à l’atelier de construction de canoës ; juste derrière habite une famille dont je prends en charge la scolarisation des enfants : une fille de treize ans, et deux jeunes garçons. A peine le bateau arrêté, la mère, appelée par le voisin, vient nous chercher en canoë et nous emmène à la maison branlante. Autour du thé, on me montre sur le carnet des dépenses pour les livres et des crayons et les notes des enfants. Nous laissons l’équivalent de la scolarité pour une année et rentrons pour un petit déjeuner en face du marché avant de nous séparer.

Taungyi, à la pleine lune de novembre : du lac Inlay, une heure de bus suffit à rejoindre Taunggyi. La route grimpe. Nous croisons un soldat à dos d’éléphant. Il traverse la route, une arme en bandoulière dans son dos, et personne ne s’étonne de cette rencontre ! C’est demain la pleine lune de novembre et une fête de plusieurs jours qui se clôture par un concours de montgolfières en papier. Je finis par trouver une chambre à l’entrée de la ville, pose mon sac et suis le cortège qui monte vers la pagode en fête. Les Pa O, sur leur trente-et-un, défilent avec les arbres à offrandes portant paillassons, cuvettes, balais, écharpes et chapelets.
Aux abords de la pagode s’étend une grande foire. À l’entrée sont stationnés quelques bus et de nombreux camions militaires… Toujours soucieux de se montrer, les soldats sont postés à intervalles réguliers le long des stands et assurent un service d’ordre énergique. Des centaines de stands proposent tanaka, vêtements, jouets en carton-pâte, sucreries, médicaments traditionnels. Au stand du photographe, on se bouscule pour juger de la qualité des décors et faire choisir aux enfants : se déguiser en prince assis sur un éléphant en carton-pâte ? En princesse couverte de bijoux devant un château fort ? Deux habilleuses prennent ensuite les choses en main, retouchent des ourlets ; puis ce sont les maquilleuses, avant le coup d’œil au miroir… et la photo !
Ensuite se suivent les stands de jeux d’adresse, de tatoueurs, les restaurants, maisons de thé, et la salle de spectacle. L’accès se fait en soulevant une bâche, après avoir payé un droit d’entrée. Un rang de chaises, sur le devant, est réservé aux militaires. D’interminables discours précèdent l’entrée en scène des musiciens et des danseurs en costumes anciens brodés de perles métalliques. Assis par terre, les spectateurs mangent, discutent, rient, vont et viennent. Sur le terre-plein central se tient la compétition annuelle de montgolfières. Huit équipes se préparent, dépliant leur chef d’œuvre. Il s’agit de faire voler le plus longtemps possible, la plus belle montgolfière réalisée en papier de riz. Pour l’instant, les participants inspectent leur montgolfière, repèrent les éventuelles déchirures que les petites mains colmatent avec du papier trempé dans un bol de colle de riz. Le jury, un jury de 5 Pa O, se déplace comme un seul homme et fait la tournée des équipes. Au signal, la première équipe gonfle sa montgolfière, un cochon blanc magnifique, qui monte et très vite, s’enflamme et retombe en poussière noire. Ce sont ensuite deux moutons blancs qui s’élèvent simultanément, puis des poules, une vache… Une vraie ménagerie qui monte et reste de longues minutes en suspens dans le ciel sous les applaudissements !

Kakku n’est qu’à quelques kilomètres de Taunggyi. Un petit train relie les deux villes mais il est réservé aux Pa O ; il me faut une autorisation de la Pa O National Organisation et emmener un guide officiel Pa O. Je remplis l’inévitable formulaire et m’acquitte du droit d’entrée dans la zone. Mon guide connaît chacune des sculptures de cette forêt de stupas. La restauration est prise en charge par de généreux donateurs qui, en échange, ont une grande plaque fixée sur le stupa restauré ! Au retour, nous traversons les champs d’ail que l’on arrose à la pelle, avant la récolte.

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