Bhamo, Mytkyna, Myitsone, Shwegu

Aller vers le Nord, c’était quitter la zone Birmane et trouver d’autres groupes ethniques,  d’autres cultures, d’autres  tissages. À la gare de Shwebo où je vais réserver une place pour Mytkyna, on examine mon passeport. Le ticket en première classe coûte 24 $ ; j’en ai 23 ou 25, mais le fonctionnaire, pas plus que le chef de gare, n’ont pas de monnaie ! Il faut l’appoint en dollars, ou pas de billet ! Le chauffeur de trishaw suit la conversation et prend la situation en main ; un ami à lui possède 1 $. Il se lance dans un circuit que je ne maîtrise pas et qui nous emmène faire le tour de toutes les célèbres pagodes de cette ancienne capitale. Deux crevaisons successives nous obligent à échanger le trishaw pour un vélo au porte bagage peu confortable, puis nous filons vers l’étang et le canal, reste d’un des plus anciens systèmes d’irrigation du pays.

Plus tard, à un angle de rue, nous trouvons, par hasard me semble t-il, le copain et le dollar manquant. A 16 heures, je suis devant la gare avec l’appoint mais le fonctionnaire de l’immigration veut maintenant savoir pourquoi je suis venue ici en bus ! Je finis par sortir ma note d’hôtel de Mandalay qu’il accroche au formulaire, témoignant de sa vigilance ! 

Mes adresses à Mytkyna :
Pour loger, la guest house YMCA. Plusieurs hôtels se sont construits à Mytkyna.
Pour un verre, un lassi… le Nylon Ice-cream, même maison qu’à Mandalay et les gargottes sur la jetty,
Les boutiques du marché qui proposent des tissages Kachin, des objets en jade.

Mes adresses à Bahmo :
Friendship hôtel, petit déjeuner au 6e étage, gargantuesque : indien, chinois, birman…
Diner de beignets de légumes et d’un lassi au coin de la rue sur le rond-point.
Ballade le long du fleuve et thé dans une des gargottes sur la rive.

Excursions :
Tôt, le matin suivant, je louais une carriole à cheval qui m’emmena au petit trot jusqu’à la vieille ville. Nous traversons des villages paisibles ; des écoliers ont suivi la carriole à vélo. Plus loin, un match de foota rassemblé le village entier : des spectateurs courent en suivant les joueurs, le long du terrain ; d’autres, sur une moto, un vélo ou une carriole, s’agglutinent le long du fossé. Puis, au tournant de la piste apparaît une petite fortification ; les bâtiments, sur la hauteur, ont été restaurés, peints à la chaux. Devant, les rizières luisent du vert anis des jeunes pousses de riz juste repiquées.

En prenant un guide, on peut aller au camp des éléphants. J’ai tenté la ballade en pleine saison des pluies, et nous avons du rebrousser chemin, pataugeant dans la boue, en pleine forêt, sous des cordes… Avec un bateau, on peut visiter les villages, voir la campagne, de beaux moments.

Le train arrive, sans voiture première classe… Je proteste auprès du contrôleur, car le montant payé correspond à près d’un mois du salaire local, pour une première classe qui m’a été imposée. L’argument est de choc ! On m’offre 2 sièges en bois de 3e classe pour le prix d’une 1e classe et l’assurance de les garder toute la nuit !  Dés le départ, viennent s’installer de l’autre côté de l’allée deux fonctionnaires en civil et un prisonnier, pieds et mains enchaînés. Pourquoi viennent-ils s’assoir en face de moi alors que bien des places sont vides ? Ils posent un cadenas, libérant les mains du prisonnier et se mettent à manger. Je guette l’occasion et, une fois le gardien le plus âgé endormi, offre repas et cigarette au prisonnier. Le refus est ferme ; on me dit que le prisonnier va manger lui aussi. Nous traversons une plaine de grands champs de riz bordés de palmiers d’arec. La nuit est longue, le train bruyant me secoue. A mon réveil, mes trois voisins ont disparu… Il est 13 heures lorsque nous atteignons Myitkyina. «Welcome home» me dit la patronne de la YMCA en ouvrant la porte !

Myitkyina est encore une petite ville tranquille, mais souffle déjà le vent du changement : des constructions clinquantes remplacent les maisons en teck… En route pour le marché, je trouve Ko Ko, mon guide pour le lac Indawgy ; nous partirons de Hupin à 80 kilomètres au Sud, par le train de demain matin, à quatre heures. Assise à la maison de thé, je vois s’arrêter Seide, ami et contact local qui m’offre sa moto et sa compagnie pour la journée. Nous partons au Nord, moi derrière, assise sur le porte-bagage métallique ! Il est intarissable et me raconte d’invraisemblables histoires de vampires et d’hommes tigres que l’on trouve près du lac Indawgyi. La route est en travaux et il nous faut 2 heures pour atteindre le confluent de la Mehka et de la Malihka, source de l’Irrawaddy.

Sur un banc de sable, trois bâches en plastique abritent des gargotes où déjeunent les chercheurs d’or des environs. Tous, ici, sont chinois et chaque unité, arrimée à la berge récupère, me dit-on, environ un kilo d’or chaque jour, emmené par bateau rapide directement en Chine. Sous un toît de paille, on nous fait griller du poisson très pimenté, accompagné de riz. Sur le retour, nous retrouvons les villages parcourus l’an passé et laissons des moustiquaires selon le nombre d’enfants. Parfois, on nous invite à entrer, boire le thé ; une femme ouvre un placard et sort les tissages, ceux qu’elle utilise les jours de fête, qu’elle tient de sa mère ou de sa grand-mère, et s’engage de longues discussions sur la vie dans le village, les enfants, les espoirs…

Seide s’est lancé dans une négociation animée pour des cornes de chèvres très prisées dont il fera des ergots tranchants à fixer aux pattes des coqs de combats. Sur le côté de sa maison, une femme, tisse de longues bandes de chanvre grège finement rayées de bleu, sur un étroit métier en bambou, utilisant pour la trame une plante de la forêt qu’elle cueille et file en juillet, chaque année. Nous discutons longtemps avant de faire affaire et je commande une chemise Lisu, payée d’avance, que je prendrai à mon prochain passage.

Malgré l’heure tardive, nous passons chez une vendeuse de tissus Kachin ; elle fait apporter les ballots, étale sur le sol et m’explique ce qu’elle en sait. Je choisis un sac rebrodé de tiges d’orchidées, de perles de métal, ailes de coléoptères et boutons en verre. 2 gros cabochons brodés serré sont sertis de cauris brillants. Du bord supérieur tombent en grappes de très fines tresses de fibres d’orchidées. Respectant les matières, les couleurs, les motifs du groupe auquel elle appartient, une artiste a fait de son sac de tous les jours un chef d’œuvre !

Sur le retour, Seide m’arrête d’office au musée ; j’apprécie les efforts du directeur qui, malgré le peu de moyens, organise des expositions temporaires et enrichit la collection. Pour l’instant, le générateur est en panne, mais tout le monde se mobilise pour transporter les tissages que je demande à photographier près des fenêtres : 72 échantillons des motifs de tissages Kachin : champs de pavot, empreintes de tigres et de cervidés, rizières, pagode, village, grenouilles, paon… Je prends des photos, jusqu’à l’irruption d’un voisin qui emmène urgemment le directeur sur sa moto : le dépôt de carburant voisin de sa maison a pris feu, il faut faire vite ! Plus tard, nous passerons prendre des nouvelles ; l’armée est là, réglant la circulation, les pompiers aussi, empêchant les gens d’approcher… et tout le voisinage jette des seaux d’eau, sort par le toit ce qui peut être sauvé. Le directeur a lui aussi mis ses biens sur la route : quatre malles, une table, une télévision et quelques paniers contenant du linge. Mais le feu est maîtrisé ! A la tombée du jour, je marche le long du fleuve : des gargotes surplombent la rive ; autour d’un thé, je discute avec des jeunes. Que j’apprenne leur langue me vaut sans tergiversation possible, une salade de gingembre, délicieuse, offerte avec gentillesse.

Le lendemain, je suis sur la jetée à 6 heures. Le bateau rapide m’emmène à Shwegu en quelques heures. Une guest-house jouxte le débarcadère, la seule adresse actuelle pour les étrangers. Les cabines et les douches sont repoussantes ! A peine rempli le formulaire de l’hôtel, un fonctionnaire des services de renseignements se présente, chargé d’enquêter, dit-il ! Je réponds docilement à ses questions et, flairant son retour éminent avec l’interdiction pour moi de quitter la ville, je saute le déjeuner et me dirige vers le fleuve pour trouver «l’île secrète» dont on m’a parlé plusieurs fois… Une jeune fille, vendeuse au marché se propose comme guide et le passeur nous emmène à Musé, de l’autre côté du fleuve, puis en barque, nous obliquons vers l’île. Du fleuve, une longue allée couverte inondée nous conduit à une jolie pagode, un champ de stupas et un petit trésor de Bouddhas en albâtre. Après le dîner face au fleuve, le gérant de la guest house m’annonce une visite : un monsieur en moto chargé de me ramener à son supérieur des services de renseignements. Je pars sur le porte bagage, suivie par le tenancier de l’hôtel, soucieux ! Dans la maison où nous arrivons, deux hommes en civil regardent un film d’horreur, et se mettent à hurler. Je souris du bon tour joué, répond aux questions et bien plus tard, on me ramène en moto à ma chambre.

Le bateau venant de Bhamo passe vers 13 h ; je marche le matin dans la ville, visite un beau monastère ; six jeunes novices répètent les textes sacrés devant un moine. Je me fais discrète, à l’arrière, mais repars avec un sac plastique rempli de mangues… et gagne le fleuve au coup de corne annonçant l’arrivée du bateau. Ma place est derrière l’estrade réservée aux moines, occupée en fait par deux militaires gradés. Plusieurs fois, nous traversons le fleuve, suivant la profondeur et les courants. Les hommes jouent à la table voisine. Les femmes m’invitent à partager une salade de feuilles de thé. Puis, le jour tombe ; je déplie mon duvet et mes voisins s’amusent d’un lit si petit qu’il tient dans un sac ! Le jour nous réveille mais rien ne presse ; les voisins bougent : toilette, douche, application de tanaka. Un fût, à l’extrémité du premier pont, tient lieu de cabine de douche ; je me mets dans la queue et observe la marche à suivre : rester toute habillée, se savonner, ne pas gaspiller l’eau que l’on verse avec un bol depuis le sommet de la tête. Je me sèche au vent, sur le pont supérieur et déjeune tôt de deux œufs frits et de riz au restaurant du pont inférieur : 4 tables en formica d’un côté, de l’autre, un guichet donnant sur la cuisine noire de fumée… Enfin, de loin, j’aperçois la silhouette massive de Mingun ; le bateau vire juste devant et accoste à Mandalay. Le port semble d’un autre âge : flottille de minuscules bateaux aux voiles rapiécées, chargés de sacs et de vieux fûts que l’on fait rouler entre deux planches pour les charger ensuite sur un char à bœufs… Un petit taxi bleu m’emmène à la Royal guest House, en pleins travaux d’embellissement !

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