L’enjeu du foncier

 

 

Construction du projet Shwe en 2012, au large de Ramree

Projet Shwe, 2012. Photo Marchés d’Asie.

Outre l’unification du pays, un des enjeux actuels est l’accès au foncier et aux ressources.

Depuis l’époque militaire, des concessions de terrains ont été accordées ou vendues à bas prix en échange de soutien ou de compensation. La vague de privatisations de 2010/2011 a pour effet d’accentuer la mainmise de ressources nationales dans les mains d’un petit nombre de privilégiés. En 2000, les «sans terres» représentaient un tiers de la population rurale.

Depuis les élections et les premiers pas vers la démocratie, la population ose revendiquer, des avocats soutenir les revendications ... Le « Farmers Forum » s’est tenu à Rangoon, en février 2013, demandant une compensation raisonnable pour les terres acquises par le gouvernement, l’armée ou les sociétés privées, le droit d’enregistrement pour les associations de fermiers, l’accès au crédit, et une révision de la loi sur le foncier.

Le Ministre de l’agriculture a fait de l’enregistrement des terrains sa priorité. Certains terrains ont cependant été confisqués par l’armée, empêchant tout enregistrement. Pour exemple, le suivi de l’actualité montre la multiplication des revendications de paysans expropriés :

En 2011, 20 fermiers ont déposé une plainte pour confiscations de terrains à Rangoon dans la zone du port par la société Kaung Myanmar Association Group of Companies : Kaung Myanmar Association Group of Companies. L’avocat Pho Phyu estime que 4 000 hectares ont été confisqués dans la seule zone du port par 14 sociétés privées, menaçant la vie de 10 000 familles. Ce chiffre est confirmé par le journal gouvernemental New Light of Myanmar, pour la mise en place de projets d’agriculture.

À Thilawa, zone industrielle de la banlieue de Rangoon, (Alwan village) : la police a arrêté 5 fermiers parce qu’ils ont remis en culture les terres saisies par la marine nationale (MyanmarTimes, 27/5/2013). Selon le MyanmarTimes, des fermiers de la région de l’Ayeyarwady se sont montés en association « Farmer Development Association », pour faire face aux expropriations. A Bogale l’un d’eux a été exproprié par la MOGE (Myanma Oil and Gas Enterprise), début 2011. La Farmer Development Association  a reçu 150 000 Kyats de compensations en janvier 2012 (150 euros). La MOGE a, de plus, saisi pour faire une route,100 acres (40 hectares) dans 5 villages, et donné des compensations pour la récolte perdue mais pas pour le terrain. (http://www.mmtimes.com/2012/news/616/news61611.html)

Selon le MyanmaTimes du 24/9/2012, des fermiers à Nay Pyi Daw sont accusés par des societés, (Yuzana et Dagon), de résider illégalement sur des zones forestières qui leur ont été attribuées. Les fermiers ont reçu  350 000 Kyats par acre de rizière et 250 000 pour les autres terrains agricoles, prix très en-dessous du prix du marché (entre 1,5 et 3 millions de Kyats l’acre). (http://www.mmtimes.com/2012/news/616/news61611.html).

Selon The Irrawaddy du 24 avril,  l’Union Solidarity and Development Party (USDP), parti de la junte, a été mis en demeure de restituer le jardin public saisi, qui servait de terrain de jeux aux enfants. Ce terrain situé à South Okkalapa (Rangoon) avait été saisi en 1992 et devait servir à la construction d’immeubles. Un avocat a saisi le gouvernement et demandé la restitution du terrain.

À Rangoon en 2011, les fermiers expropriés à Shwe Na Thar (district de Mingaladon) ont poursuivi devant les tribunaux la société Zaykabar pour récupérer leurs terres saisies en 2010, (338 hectares appartenant à 71 ménages) dans la zone industrielle. Une partie des fermiers a reçu 300 000 Kyats (300 euros) en compensation, mais ils veulent garder leur terre. Mi 2011, la société détruit les maisons, bloqué les canaux d’irrigation construit les routes et leur a demandé de quitter les lieux avant le 24 janvier 2012. La loi “Law of Rental Lands for Cultivation (1963) est pourtant censée protèger les fermiers de l’expropriation et établit que les citoyens n’ont pas le droit de faire autre chose que l’agriculture sur des terres cultivables”..

À  Rangoon, l’armée et les autorités ont expulsé 8 familles à Dagon Sud et détruit les maisons. En 2000, les familles louaient les terrains à l’armée. Les loyers ont commencé à monter tous les 3 mois, jusqu’à ce que les militaires envoient un avis d’expulsion pour fin avril.  Les soldats sont arrivés le 24 avril et ont détruit les maisons, mettant à la rue plus de 70 personnes (MyanmarTimes , 29/4/2013).

À Pathein et Rangoon, des expropriations sont en cours : les cultivateurs de 5 villages du district de Pathein subissent depuis 2000, une pression de la société Yuzana (propriété de Htay Myint et faisant l’élevage de crevettes) pour vendre leurs terres à un prix inférieur à celui du marché.

Selon le MyanmarTimes du 20/5/2013, 23 fermiers de Nay Pyi Taw qui ont perdu leurs terrains suite à la construction du stade des  Southeast Asian Games demandent au gouvernement d’accélérer le paiement des compensations. Certains ont reçu une compensation de 350 000 Kyats par acre de terrain, d’autres non.

Selon le MyanmarTimes du 8/10/2012, 250 habitants de Ookyay près de Naypidaw qui vivaient là depuis 40 ans, ont accepté de détruire leurs habitations pour éviter la prison. Ils ont été expulsés en 2008 , sous prétexte que le terrain n’était pas enregistré. Près de 200 maisons ont été détruites à Ookyay, et 50 près de Ohboe. Les habitants avaient acheté le terrain en 1974 ; ils ont pourtant leurs papiers en règle, paient l’électricité et l’impôt municipal.

Selon The Irrawaddy, en 2013, 400 personnes des villages près de Letpadaung, près de Monywa, ont manifesté, pour être venues en aide aux fermiers expropriés.  Ils demandent aux autorités une enquête sur les événements  du 29 novembre 2012 au cours desquels 70 personnes ont été blessées. Ils reprochent à les sociétés Chinese company Wanbao et  la société birmane Union of Myanmar Economics Holdings appartenant à l’armée,  de ne pas suivre les recommandations émises par le rapport de la commission d’enquête. 26 villages ont été déplacés et plus de 7 000 acres de terrains confisquées (http://www.irrawaddy.org/archives/37140).

À Pathein, les paysans ont écrit au Président Thein Sein au sujet des terres (101 ha) par le SPDC en 2000 puis elles ont été louées par le UMEHL (holding de l’armée) à des propriétaires d’hôtels pour une complexe de luxe près de la plage de Ngwe Saung.

Dans l’État Shan, des fermiers, expropriés près du lac Inlay sont accusés en 2013 par les constructeurs ayant acquis les terrains, d’avoir cultivé les terres saisies  dans le village de Kan Bae. Près de 600 acres de terres cultivables ont été saisies en 2012 dans 6 villages pour construire des hôtels. Les villageois disent ne pas avoir de compensations suffisantes. (http://www.irrawaddy.org/archives/37140).

Selon The Irrawaddy, des fermiers de Man Satt, dans l’Etat Shan n’ont reçu aucune compensation pour l’expropriation de 2 000 hectares de terrains attribué à la China National Petroleum Corporation. Les fermiers disent que ces terrains leur ont été confisqués en novembre 2010. Les compensations reçues couvrent à peine la récolte de l’année. (:http://www.irrawaddy.org/archives/31921).

Selon The Irrawaddy, le gouvernement Birman a reçu, par l’intermédiaire des membres de la commission d’enquête créée en 2012, plus de 6 000 plaintes pour saisies de terrains. (The Irrawaddy, lundi 27 janvier 2014).

L’expropriation des paysans sur les zones de projets se fait souvent avec le soutien de l’armée : pour exemple, Htay Myint (Yuzana Company) se voit accorder par Than Shwe soit 809 km2 dans la vallée de Hukaung. L’armée  supervise les expropriations au motif de « nouvelles » réglementations (en vigueur seulement dans cette zone) imposant la monoculture aux fermiers qui, traditionnellement, cultivent une grande variété de légumes. Selon le site Mizzima News 14 septembre 212), Htay Myint, a été condamné le 31 août 2012 à restituer tous les terrains confisqués dans la vallée de Hukaung dans l’État Kachin.

Aik Htun, president de Shwe Taung Group of companies, a obtenu en 2011 un terrain de 12 acres pour 70 ans et doit démarrer un projet de US$ 150 millions près de la pagoda Shwedagon sur l’emplacement d’anciens bureaux militaires, l’ancien War Office des Britanniques. Il y construira un hôtel de luxe, un hôpital privé et un centre commercial. Pendant la privatisation massive précédant les élections, entre 2010 et 2011, Aik Htun a racheté un grand nombre de sociétés d’état et 250 stations d’essence.  (http://www.irrawaddy.org/burma/situation-tense-east-rangoon-land-protestors-defy-govt-ultimatum.html 9 décembre 2013).