Taungook et Ngapali

 

View Point

View Point. Photo Marchés d’Asie.

 

Prendre le bateau pour aller à Taungok, c’est voyager au rythme des Birmans. Le bateau part à l’heure, et s’arrête aux escales, vidant et emplissant les cales de sacs de riz ou de ciment. En 2010, après un cyclone, il amenait l’aide d’urgence aux sinistrés : cartons de l’UNICEF et sièges en plastiques donnés par le gouvernement ; une fois l’encre jetée, des dizaines de bateaux arrivèrent pour une répartition très ordonnée et rapide.  Avec le démarrage du chantier sur l’île de Ramree, ce sont des centaines de sacs de ciments qui se déversent sur cette petite île d’une grande beauté.

 

À Taungook, le port est assez éloigné de la ville. De petits tracteurs bleus attendent les touristes. S’il n’y a pas de bus pour la plage, alors, il faudra faire le choix entre les deux guest-houses dont aucune ne mérite d’être recommandée. Prendre alors le premier bus pour Thante, puis la navette, à condition de savoir à quel hôtel descendre. Sinon, descendre à Lin Thar Oo, au milieu de la plage.

Ngapali beach, un moment de repos bien mérité. Allez manger dans les petits restaurants le long de la plage. Goûtez le lapet hto, salade de feuilles de thé fermentées.

Logement
SMS guest-house
a fermé.
Royal beach Motel : chambres a partir de 30 dollars le meilleur rapport qualité / prix.

Restaurant
Le meilleur choix de restaurant, Golden Rose.

Excursions : Myon Myon Pya Yua, village Rakhine à une heure de marche. Village de Taun Baw, population Chin : une heure de plus de marche. Camp des elephants a eviter…

Bus Ngapali – Pathein : 14 000K.

Au marché, on trouve les longys de l’Arakan, et les plus belles tongues du pays, les belles cruches en alu que les Arakanaises tiennent sur les hanches ou posent sur leur têtes.

Acheter des billets pour Taungok se révèle long et compliqué. L’immigration veut savoir  pourquoi nous voulons prendre ce bateau lent, en classe économique ; ensuite, il faut donner l’appoint, soit 42 dollars et, finalement, il ne reste que peu de temps avant le départ.

L’accès au bateau se fait par une longue planche en bois qui vibre sous les pas. Sur le pont supérieur, une famille serre ses bagages pour nous faire de la place et je déroule mon duvet, le dos calé sur mon sac à dos. Tout est sale, crasseux même. Le restaurant fait face aux toilettes ; un seau, accroché au bastingage permet de puiser l’eau, selon les besoins. Le centre du pont supérieur est occupé par des militaires et de très nombreuses malles. Il suffirait d’entasser un peu ces bagages pour donner de l’espace à tout le monde mais personne ne semble s’y intéresser. Se protéger du soleil est la préoccupation de tous et très vite, les militaires tendent des cordes entre la cheminée et l’avant du bateau. J’attache une grande écharpe de coton qui m’a servi tour à tour de serviette de toilette, de drap, d’écharpe, et maintenant de pare-soleil. En raison du surbooking, les douches sont interdites ; un jeune garçon y veille, compte le temps d’occupation, tape à la porte puis vide un seau d’eau.

Notre première escale se fait à l’heure du déjeuner. 4 restaurants se font concurrence sous forme d’une table sur laquelle sont disposées de grandes gamelles ; en soulevant le couvercle, on a une vague idée de ce que l’on pourrait manger : curry de biche, de poisson, d’œufs durs dans une sauce épaisse et noire. Il suffit de montrer du doigt ; la patronne, des fleurs fraiches dans les cheveux, les joues couvertes de tanaka, nous emmène à son restaurant et donne des ordres d’une voix forte. On nous apporte une petite portion de curry aux œufs, une assiette et un énorme saladier de riz blanc. Puis arrivent les légumes : gombos, feuilles amères et minuscules aubergines bouillis, concombres, coriandre, et un bol de bouillon brûlant. Puis nous partons, suivant la côte entre les îles. Certaines sont bordées de mangrove, d’autres de sable. Le capitaine s’oriente avec les étoiles ; pour l’instant, c’est le second qui est aux commandes, le capitaine prend son dîner.

A Ramree, une longue escale est prévue en raison de l’importance du déchargement et chargement. On nous fait plier bagages, le temps de soulever les planches, d’ouvrir la cale et d’entasser tant bien que mal sacs de riz et de poisson séché. Le responsable de la cargaison tient ce qu’il appelle «son livre», quelques feuilles de papier gris accrochées à une tablette et vérifie le comptage de la cargaison. Les porteurs, sac sur les épaules, se fraient difficilement un passage au milieu des vendeurs et tiennent dans la main un bâton qu’il donne au responsable pour vérification du  nombre de sacs chargés, et la paie des porteurs. Une birmane, sur le quai, nous propose de la suivre pour une douche. Je prends mon tour, côté femmes ; l’installation est sommaire : un clou sur la porte, un bac en ciment plein d’eau, un saladier en plastique. Mais quel plaisir ! Sur la rue principale, je longe le mur blanc de la mosquée. Une femme vient de cueillir quelques branches d’orchidées jaunes et se dirige au marché, en bord de mer. Légumes et fruits de saison, poissons de toutes sortes : petits, gros, frais ou séchés en forme de rosace, en gros tas roses de ngapi, condiment local odorant. Je retourne au bateau et m’attable à la maison de thé jusqu’au départ. Première nuit à bord ; nous partageons nos provisions : quatre mangues et des samossas, un peu de rhum au citron vert. On nous offre du lapeth tho, la salade de feuilles de thé.

Une fois la nuit tombée, de éclairs commencent à sillonner le ciel presque sans interruption. Pas de tonnerre, juste de grands éclairs roses, spectacle magique qui me garde en éveil toute la nuit. Vers minuit, le second jour, nous arrivons à Taungok. Comme la plupart des passagers, nous restons à bord pour éviter une marche hasardeuse dans la nuit à la recherche d’une guest house ; à côté de moi est venue s’installer une famille : parents, enfants et trois petits-enfants dont un nouveau-né, objet de l’attention de tous. Complètement emmailloté, je vois que ses joues. Les adultes discutent, le bébé pleure… A 4 heures, renonçant à dormir, nous prenons nos sacs et partons pour la gare des bus. Le prochain part dans une heure, le temps de prendre le petit déjeuner : beignets gras, et coffee mix. Les sachets indiquent 3 en 1, c’est-à-dire café, lait et sucre, me rappelle la machine à café du bureau.

Le bus part, surchargé, semble répondre à une obligation de rentabilisation maximum : des sacs de ciment sont entassés à mi-hauteur dans l’allée centrale et entre les sièges ! Exceptionnellement, les meilleures places, devant près de la porte, nous ont été attribuées. Une radio cassette diffuse la litanie d’un moine. La route est chaotique, le bus en mauvais état… mais finalement, deux heures suffiront au trajet, et nous nous retrouvons, fatigués et sales, à la gare de Tanthwe. Un entrepreneur birman, pressé de rejoindre le chantier qu’il dirige sur la côte nous propose une voiture de location pour rejoindre la plage de Linthar. Nous longeons la mer, déposons l’entrepreneur près de l’aéroport et cherchons un hôtel. En trois mois, à Lin Thar Uu, l’adresse abordable de la côte, les prix ont triplé ; on invoque des rénovations qui n’ont pourtant pas eu lieu. Mais au vu des prix pratiqués par les grands hôtels, la tendance est à la hausse ! Un peu déçue, je pense écourter mon séjour, mais une voiture s’arrête et nous propose des chambres à prix discount en bout de plage ; et nous débarquons au Royal Hôtel, loin de l’inconfort du bateau. Je file sous la douche, laver mes affaires… A midi, ce jour d’arrivée, nous assistons à la procession d’un shinbiou. Aujourd’hui, c’est un petit garçon rieur et fier qui quitte sa maison, suivi par un cortège impressionnant de plusieurs centaines de personnes dans leurs vêtements de fête, portant des offrandes colorées.

Plus de places dans les bus pour Rangoon, deux vols annulés… nous serons coincés 5 jours sur cette plage de rêve ! J’ai encore assez de livres pour ne pas m’ennuyer, et puis la mer, la marche, la lessive et les villages où je pars avec Thi Thi qui rend visite à ses parents. Nous traversons Myon Myon Pya Yua, village Rakhine à une heure de marche, après la traversée en barque de la rivière. Les hommes du village, une trentaine de personnes, travaillent à la construction d’un pont en bambou. De nouveau, nous croisons une rivière qu’il faut, cette fois traverser à gué avec un fort courant et de l’eau à la taille, avant d’arriver au village de Taun Baw. Le chef du village et sa famille sont là, et je les questionne sur le tourisme. « Ils ne peuvent pas parler des touristes puisqu’ils n’en n’ont jamais vu. Si je suis une touriste, alors, ils savent maintenant. Est-ce que tous les touristes ressemblent comme moi à un homme ? » Je parle de mes amis Chin de Kalewa, et les femmes se lancent dans une longue énumération de mots. Demande à tes amis s’ils comprennent notre langue :

eau : thu,
banane : nebaut’a,
maison : in,
enfant : sami,
poulet : a,
père : apa,
mère : Aou….

Sur le chemin du retour,  nous suivons un groupe de femmes et d’enfants chasseurs d’insectes. Les enfants repèrent les trous dans le sol et frappent le sol avec un bâton pour attirer les insectes. Puis ce sont les mères qui entrent en action et saisissent rapidement ce qui ressemble pour moi à de gros cafards qu’elles stockent dans une bouilloire. Ca se vend bien sur les marchés, en ce moment, grillés ou frits.

Pour revenir de Sittwe à Taungook et Mandalay

Entre Sittwe et Taungook, trois possiblités : La Malika assure le trajet en  bateau rapide (40 dollars), départ 7 heures, arrivée 16 heures environ, mais ils peuvent être annulés pour risques météo. Reste alors les bateaux gouvernementaux 17 $ sur le pont, plus 2 500 Kyats pour une chaise longue à commander en prenant le ticket, ou 50 $ pour une cabine. Le trajet dure entre 36 heures et 48 heures, voire un peu plus, selon que le bateau est lent ou rapide.

Myon Myon Pya Yua, village Rakhine à une heure de marche, ballade facile. « Des touristes passent parfois mais on ne connait pas la raison de leur venue ; ils ne parlent pas, nous ne savons pas l’anglais. En tout cas, ils ne posent pas de questions et n’écrivent pas ».

Village de Taun Baw, population Chin : une heure de plus de marche et traversée d’une rivière à gué lorsque le pont n’est pas en état.. Population d’environ 200 habitants, bouddhistes. Ils vivent de l’agriculture : une seule récolte de paddy planté pendant la saison des pluies, puis on cultive arachides, piments, canne à sucre. Je suis la première touriste, disent–ils.

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