Les projets en cours

 

 

Le pipeline et le gazoduc du projet Shwe

Le projet Shwe près de Chaukmè. Photo Marchés d’Asie.

 

 

Ces dernières années se sont multipliés les projets concernant l’exploitation de ressources naturelles. Des points communs se dégagent de ces projets : les contrats sont signés dans le secret et les populations locales dans l’impossibilité de s’organiser.

Les routes se font, faisant travailler des jeunes avec des revenus insuffisants et les laissant dans une grande précarité.

Campement nomade des travailleurs du chantier. Photo Marchés d'Asie.

Campement nomade des travailleurs du chantier. Photo Marchés d’Asie.

De très nombreux barrages sont en cours de construction. Ils occasionnent des expropriations massives encadrées par l’armée et les relocalisations impliquent la modification des modes de vie. Ils visent la production d’énergie vendue aux pays limitrophes, alors que 79 % des Birmans en manquent ; la carte ci-contre montre les projets récents.

 carte  Négociés sans concertation avec les populations locales, ils sont mal perçus. .
Le démarrage des projets occasionne l’arrivée de chercheurs d’or et d’exploitants forestiers qui dégradent gravement l’environnement.
Les projets sont parfois situés sur une zone de séisme qui augmente le risque d’accident (à la frontière de l’État Shan, séisme le 20 août 2008). L’électricité est vendue à la Chine et la Thaïlande et les rentrées de devises ne servent pas au financement d’autres projets (santé, éducation…).
– Les sédiments auparavant déposés le long des berges mises en culture sont retenus, obligeant à l’usage d’engrais chimiques. – La submersion des zones menacent les espèces endémiques.
–  La modification du débit de l’eau affecte aussi  la qualité de l’eau (salinisation dans certaines zones) et perturbe la navigation.
– L’eau stagnante entraîne la prolifération .de moustiques.
– Les travailleurs du chantier sont rarement recrutés sur place.

Dans l’État Kachin :
Le gouvernement birman a signé en mai 2007 avec China Power Investment Corporation un accord pour la construction de 7 barrages sur l’Irrawaddy, la Malika, et la N’Mai
. Le barrage de Myitsone est le plus important (le plus gros de l’Asie du Sud-est, haut de, 152 mètres, pour une production annuelle de 29 400 KWh). Son réservoir sera plus grand que Singapour.
Le coût du barrage est estimé à US$ 3,6 milliards, et les revenus générés estimés à US $ 560 millions par an pour une électricité vendue à la Chine. L’impact particulier au projet : Le projet aggrave les risques de conflit pour du travail et le trafic humain avec la Chine. 60 villages, soit 20 000 personnes doivent être relocalisées. Il a été suspendu jusqu’à fin 2015 par le Président Thein Sein suite à la mobilisation de la population.Les sociétés impliquées sont birmanes ou Chinoises.

D’autres barrages, en amont de Myitsone sont nombreux : Barrage de Chibwe – capacité : 3,400 MW, Barrage de Chibwe Nge – capacité : 99 MW, Barrage de Pashe – capacité : 1,600 MW, Barrage de Lakin – capacité : 1,400 MW, Barrage de Phizaw – capacité : 1,500 MW, Barrage de Khaunglanphu – capacité : 1,700 MW, Barrage de Laiza – capacité : 1,560 MW

2 barrages sur la rivière Dapein sont construits par la Chine qui bénéficiera de 90 % de l’électricité produite. Des conflits ont éclaté entre l’armée et la KIA le 9 juin 2011 menant au déplacement de 30 000 personnes. Ces projets ont aggravé les problèmes de trafic humain. En parallèle du projet de barrage, les autorités ont accordé une licence pour l’exploitation de l’or à deux sociétés, Thandar Shwe Zin et For Luck qui sous-traitent. Le cours du fleuve s’est élargi de 200 mètres et provoqué des inondations. 300 bateaux se sont installés ; de fortes concentrations de mercure et cyanure ont été relevées avec les conséquences sur la santé des habitants.

Sur la Salween sont aussi prévus de nombreux barrages :

 salween  La Salween prend sa source à 4 000 m d’altitude dans l’Himalaya, traverse en Chine la province du Yunnan, les États Shan et Karenni en Birmanie puis la Thaïlande sur 120 km, avant de se jeter dans la Mer d’Andaman à Mawlamyine dans l’État Mon, après 2 800 km.5 barrages sont prévus en Birmanie et 13 en Chine sur ce fleuve.

Hat Gyi a été construit, près de la réserve Kahilu Wildlife Sanctuary suite à un accord signé en 2006 entre le gouvernement Birman, Electricity Generating Authority of Thailand (EGAT), et la société chinoise Sinohydro. En 1999, l’étude réalisée recommandait une capacité de 300 Mégawatts mais en 2005, une étude du Ministère de l’Énergie Thaï a proposé 4 fois plus.
Caractéristiques du barrage : hauteur : 33 mètres, production annuelle : 7 335 Gwh. Le coût du projet est estimé à US $1 milliard et l’électricité produite sera vendue à la Thaïlande. L’étude sur le barrage de Hatgyi a occasionné un violent conflit ; des dizaines de villages Karen ont été déplacés. Plusie
urs offensives militaires ont eu lieu dans le but de sécuriser la zone.

Les autres barrages sur la Salween :

Tasang (État Shan), plus grand que cle barrage des 3 gorges en Chine (hauteur 228 m, capacité: 7,110 MW, production annuelle : 35 446 GHW). Les sociétés impliquées sont Birmanes, Chinoises et Britannique (Malcolm Dunstan & Associates). Le coût du barrage est estimé à US $ 6 milliards. L’électricité sera majoritairement vendue à la Thaïlande. 300 000 personnes ont déjà été déplacées sur la zone de ce seul barrage depuis 1996.

Wei Gyi : le site se trouve tout près de la frontière Thaï, dans l’État Kayah (hauteur de 220 mètres, capacité de 4 540 mégawatt) ; la zone submergée couvre une superficie de 700 à 1 000 km2 de terres cultivables. Le coût du barrage est évalué à US$ 3 milliards.

Upper Thanlwin (Nord de l’État Shan) : un accord a été signé en 2007, entre le gouvernement Birman et  2 sociétés Chinoises puis un nouvel accord a été signé en 2010 pour la construction de 3 barrages supplémentaires à Ywathit, et sur les rivières Pawn et Thabet.  Le coût du projet est évalué à US $ 600 millions. En février 2011, l’armée sécurisait la zone du projet, interdite d’accès à la population. L’électricité partira en Thaïlande.

Dagwin : la capacité estimée du barrage est de 500 à 900 MW; le barrage produira de l’électricité mais il est surtout destiné à réguler l’eau lâchée par le barrage de Wei Gyi aux heures de pointe (hauteur : 56 mètres, capacité prévue : 792 MW). Les sociétés impliquées sont : Electricity Generating Authority of Thailand (EGAT).

 

 

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Un   projet agricole dans l’État Kachin (vallée de Hukawng)
Projet de monoculture de manioc, canne à sucre, et jatropha (bio fuel) sur 809 km2 sur des terrains accordés en 2006 par Than Shwe à Yuzana Company, au coeur de la « Réserve de tigres » de la vallée de Hukawng.En rouge sur la carte apparaissent les zones accordées, en plusieurs blocs. Entre les blocs se trouvent des villages convoités la Société Yuzana.En 2007, les expropriations démarrent et les villageois se mobilisent et écrivent à Than Shwe. Traditionnellement, ils cultivent riz, haricots, pois, thé, moutarde, maïs, oranges, ananas, bananes, ramboutans. Les autorités locales invoquent une réglementation dont le non-respect mène à la saisie des terres. Des affrontements. Birdlife International signale les premières disparitions d’espèces en 2008.En 2009, Yuzana démarre la construction de l’usine sécurisée par l’armée et fait suivre au personnel un entraînement militaire. En 2010, les villageois de Ban Kawk sont attaqués et demandent l’intervention de l’OIT ; ils se voient refuser leurs cartes d’identité et l’enregistrement des maisons, ce qui en fait des résidents temporaires dans le pays. En juin, le village d’Aung Ra est rasé. La société Yuzana a construit un village modèle à Sanbya Kwye Ywa pour regrouper les villageois expulsés. En 2010, 163 foyers avaient déménagé dans des abris temporaires ; les autorités leur ont demandé de signer un papier attestant qu’ils partaient de leur plein gré.

Le projet Shwe, signé en 2007 par Than Shwe avec la Chine, concerne l’accord pour la vente et l’approvisionnement de 180 milliards m3 de gaz sur 30 ans provenant de la Mer d’Andaman soit 100 % de la production. Le pipeline et le gazoduc construits éviteront que les importations chinoises en provenance du Moyen-Orient ne passent par le détroit de Malacca reliant le port de Sittwe à Kunming (Yunnan). Les travaux ont commencé en 2009. A ces projets s’ajoutent la construction de réservoirs de stockage à Kyaukpyu par la China National Petroleum Corp. (CNPC). On estime que ce projet apportera au gouvernement birman environ US $ 56 milliards sur 30 ans. Le gouvernement birman touché US $ 13,8 millions par an comme honoraires ainsi que des droit de transit du pétrole et du gaz. L’environnement de toute la région est affecté négativement par ce projet. Le pipe, terminé en 2013, fournit à la Chine, unique client, 10 % de ses importations de pétrole. La Chine construit également un chemin de fer pour un coût de US $ 20 milliards.

Pour sécuriser la zone, de nombreux bataillons de l’armée sont arrivés sur l’île de Kyaw Pyu ; pratiquement personne n’a été embauché. Moins de 2/3 des personnes déplacées ont reçu des compensations, en partie récupérées par le gouvernement local.

Le projet minier de Monywa  Le projet minier de Leptadaung a démarré en 1999, concerne l’extraction du cuivre à ciel ouvert (27 000 tonnes de cuivre / an), par une joint-venture entre le gouvernement Birman et Canada Ivanhoe Mines Limited, vendu à Marubeni Corporation (Marubeni Corporation est la 5e plus grosse société japonaise qui a financé un prêt d’US $ 90 millions pour l’équipement du projet.), société Japonaise qui a financé le projet à heuteur de US $ 90 millions. Les process utilisés sont très polluants. Au projet s’ajoute l’extraction par des individuels. Le projet doit pourtant être étendu avec la société Daewoo (Corée du sud). Les procédés techniques et chimiques utilisés faisant intervenir un solvant organique contenant de l’acide sulfurique sont très destructeurs pour l’environnement.(Source :http://www.kdng.org)

Au projet de Myanmar Ivanhoe Copper Company Limited s’ajoute l’extraction par des mineurs individuels qui creusent pour extraire moins de 2 kg de cuivre pour 1000 kg de sol remué avec des dommages irrémédiables. La loi encadre l’extraction minière par l’intermédiaire de la National Commission for Environmental Affairs (NCEA) créée en 1990, et la National Environmental Policy (NEP). Dans la réalité, la loi sur l’extraction minière de 1994 protège les sociétés minières et non pas la population. Ce sont des société Chinoises qui ont repris l’exploitation et les conditions d’exploitation ont poussé la population à s’organiser et alerter les pouvoirs publics. Selon The Irrawaddy, 400 personnes ont manifesté demandant aux autorités une enquête sur les événements  du 29 novembre 2012 au cours desquels 70 personnes ont été blessées. Ils reprochent à les sociétés Chinese company Wanbao et  la société birmane Union of Myanmar Economics Holdings appartenant à l’armée,  de ne pas suivre les recommandations émises par le rapport de la commission d’enquête. 26 villages ont été déplacés et plus de 7 000 acres de terrains confisquées.( http://www.irrawaddy.org/archives/37140).

La commission d’enquête, dirigée par Aung San Suu Kyi a reconnu que des bombes au phosphore avaient été utilisées contre les manifestants, mais elle a également plaidé pour la continuation du projet alors que de nombreux riverains veulent son arrêt pour récupérer leurs terres saisies. Aung San Suu Kyi a demandé aux paysans d’accepter les compensations proposées. Les terres sont cédées à la mine pour 60 ans. A la suite de ce rapport, le contrat d’exploitation a été revu et octroie au gouvernement birman 51% des revenus. Le groupe chinois Wanbao recevra 30% des revenus de la mine et l’entreprise appartenant à l’armée birmane Myanmar Economic Holding(MEH) 19%. Wanbao devra également débourser plusieurs millions de dollars pour des actions de responsabilité sociale des entreprises et d’éventuelles réclamations.

Le projet de Dawei
Construction d’un port en eaux profondes et d’une zone spéciale économique. a été approuvé en mars 2010, et concerne la construction du plus gros complexe industriel d’Asie du Sud-est ; il intègre un port en eaux profondes 6 fois plus important que celui de Rayong en Thaïlande (contrat attribué à Max Myanmar Group of Companies), des autoroutes, une voie ferrée, un oléoduc et un gazoduc, une centrale à charbon et une zone industrielle (Special Economic zone, SEZ) de 250 km2 (et situé dans une zone de conflit. Les bulldozers ont démarré les travaux de la route qui mènera au déplacement de 10 000 personnes. Les activistes réclament justice autour du projet (US$ 6 milliards). L’investisseur majoritaire Max Myanmar s’est retiré du projet mais 3 accords ont été signés avec la Thaïlande, remettant le projet sur les rails, causant le déplacement de 30 000 personnes. Le dessin montre le centre industriel pétrochimique. De nombreuses sociétés étrangères travaillent sur le projet, bénéficiant de coûts de main d’œuvre très bas et de peu de contraintes concernant l’environnement. Ils ont reçu le terrain du gouvernement pour 60 ans pour un projet qui touche 21 villages, soit 32 274 personnes. Au début du projet, aucune information n’a été donnée à la population et, lorsque les expulsions ont commencé, les villageois ont refusé les compensations poussant ITD à transférer le problème des compensations au gouvernement Birman, ce que refusait aussi la population à cause de la corruption. Le projet doit être complété par une route qui rejoindra Bangkok, investissement évalué à US $ 10 millions dont 54 % seront financés par ITD, permettant d’éviter le détroit de Malaca pour les marchandises venant du Moyen Orient, notamment le pétrole.

Un projet similaire moins important en Thaïlande a dû être abandonné en raison des protestations. Les sociétés Birmanes impliquées sont Max Myanmar et Dawei Development Company (joint-venture entre ITD et MM). 19 villages devront être relocalisés, dont 23 édifices culturels et religieux, 21 écoles. Les sociétés, Birmanes, aggravent le ressenti contre le gouvernement. Les gens qui ont perdu leurs terres quittent le pays pour la Thaïlande.