Musulmans du Bengladesh ? Rohingya ?

Sittwe, juin 2012. Photo Marchés d’Asie.

Issus de migrations parfois très anciennes, les musulmans sont nombreux en Birmanie. Ils sont souvent commerçants dans les grandes villes, bien intégrés et ont la nationalité birmane.

En Arakan, la situation est particulière de par la proximité avec le Bengladesh et du fait des migrations récentes importantes.

Qui sont-ils ces musulmans vivant actuellement en Arakan ? 
– des descendants de la communauté musulmane de la période Mrauk U (1430, 1784), vivant à Mrauk U et Kyauktaw,
des descendants des mercenaires de l’île de Ramree, ou venus de Birmanie centrale avec l’armée et restés après la conquête de l’Arakan, Selon la loi sur la citoyenneté de 1982, ils ont la nationalité birmane.
– enfin, les Bengalis de Chittagong arrivés récemment, légalement ou illégalement.

Les trois premiers groupes vivaient en Birmanie avant la colonisation. Pour les derniers, selon la plupart des experts, ce sont des migrants, le plus souvent illégaux. En 2012 fut officiellement exprimée la position du gouvernement Birman : il n’existe pas de groupe ethnique Rohingya dans le pays et la nationalité ne leur sera pas donnée automatiquement.

Un peu d’histoire
L’Arakan fut conquis par la Birmanie en 1784 et, ce petit royaume resté indépendant devint province birmane. L’Arakan devint ensuite province de l’Empire britannique en 1826. Plus encore que la conquête par les Birmans, la colonisation britannique détruisit profondément les structures de la société locale.

Les Britanniques, cherchant à développer la riziculture dans les vallées de la Kaledan et de la Lemro firent venir des Bengalis en nombre pour l’exploitation des rizières. Entre 1871 et 1911, d’après le Burma Gazetteer, le nombre de musulmans passe de 58 255 à 178 647, soit 43 % de la population totale en 1911.

En 1923, la Birmanie devint province de l’empire indien, administrée par les Britanniques selon deux modes : Burma Proper et Frontier Hill Regions ; les différences faites par l’administration britannique divisèrent la population encore un peu plus.

En 1937, la Birmanie fut séparée de l’Inde et devint colonie de la couronne, puis éclata la guerre et la Birmanie fut envahie par le Japon. A la fin de la guerre, Aung San négocia l’indépendance avec les Britanniques et, pour ce faire, obtint le 12 février 47, l’accord de Panglong de la part des groupes ethniques. Il est assassiné le 19 juillet 1947 et, la constitution ne reprenant pas les accords de Panglong, l’unité vola en éclat.

U Nu, Premier Ministre, accorda en 1950 la nationalité birmane à de nombreux Bengalis pour des raisons électorales ; en 1960, pendant la campagne électorale, il utilisa plusieurs fois le mot « Rohingya » pour désigner les musulmans Bengalis du Chittagong ce qui allait être lourd de conséquences. 

Ne Win prit le pouvoir par un coup d’état en 1962 et le mot Rohingya disparut de la scène jusqu’en 1972, lorsque le Revolutionary Council Government proposa aux citoyens de faire des propositions. Les « Rohingya » demandèrent la garantie de leurs droits en tant que minorité et un Etat musulman indépendant mais le gouvernement ne reconnut ni musulmans natifs en Birmanie, ni groupe ethnique Rohynga.

En 1971 éclata la guerre de libération du Bengladesh, poussant 10 millions de réfugiés sur le sol indien, et entre 500 000 et 2 000 000 en Birmanie selon la BBC. L’Inde demanda l’aide des Organisations internationales, ce que Ne Win refusa. Il reconnut aussitôt le Bengladesh pour négocier le sort des réfugiés. Le Bengladesh leur proposa de rentrer mais beaucoup restèrent en Birmanie, aidés par ceux qui avaient obtenu la nationalité birmane sous U Nu.

Le gouvernement militaire Birman refusa l’intervention des organisations internationales, ce qui ne fit qu’aggraver l’idée de la responsabilité de la Birmanie. De plus, les exactions répétées de l’armée Birmane, intouchable et protégée par la constitution entachent non seulement l’armée mais l’ensemble du gouvernement.

Les acteurs du problème

Le Bengladesh :
La Birmanie apparait comme un pays fertile et peu peuplé, à l’inverse du Bengladesh qui ne dispose pas de suffisamment de terres agricoles et dont une partie du territoire est régulièrement inondé. En 1965, Ne Win se rendit au Bengladesh pour discuter avec le gouvernement des frontières et des 250 000 migrants illégaux mais le problème des migrants fut laissé de côté.

En même temps que le gouvernement militaire essayait de montrer que la demande des musulmans n’était pas recevable, montait un sentiment de rejet de certains bouddhistes. En 1974, la Birmanie fit face à de violentes manifestations, au moment où eut lieu un coup d’état militaire au Bengladesh. Beaucoup de musulmans fuirent au Bengladesh et furent victimes des exactions de l’armée Birmane.
En 1978 un recensement des migrants dans l’Arakan, l’opération Naga Min menée par le gouvernement ; les musulmans qui se disaient Rohingya devenaient des étrangers résidant dans le pays ; beaucoup avaient des papiers, vrais ou faux, ce qui poussa la Chine et les USA à faire pression sur la Birmanie.

Les ONG : elles ont parfois aussi un rôle, par les rapports publiés, lorsqu’ils abordent tous les aspects du problème soulevé. Parfois leurs actions même y contribuent. Pour exemple, en 2007 (et avant), Médecins sans Frontières avait un dispensaire à Sittwe réservé aux musulmans et interdit aux autres ! Exclure la population locale d’un projet de santé allait exacerber le sentiment de rejet des locaux.

Le rôle de l’armée :  la constitution est faite pour protéger les militaires : ils n’ont à craindre aucune poursuite judiciaire pour leurs actes, présents ou passés ; de fait, les violations des droits de l’Homme se poursuivent dans toutes les régions de conflit, et dans l’Arakan, bien sûr.