Khanti et Homalin

Crédit Marchés d’Asie

Khanti

Billet d’avion Mandalay à Hkanti 127 euros, mais bus de Mandalay pendant la saison sèche (novembre à mai).
Taxi pour l’aéroport à Mandalay 12 000 Ks
Tun Yadanar guest-house, 9 000 Ks la chambre simple, pas de petit déjeuner. Un hôtel chinois à l’entrée de la ville, 30 $.
Au bout de la grand rue (au milieu, le marché), sur la digue, le bureau pour prendre les billets pour le bateau pour Homalin, 9 000 Ks pour une chaise, 2 bateaux par jour, 6 h 30 le premier.

En face du bureau de Inland Water, dans l’enceinte de la pagode, une bonne maison de thé, très propre, qui ouvre à 5h30 le matin. Cabine minuscule pour les premières classes, banc en bois pour les secondes classes avec TV et karaoké, rien du tout pour la troisième classe.

Homalin : Yadi Hôtel : , chambre sans petit déjeuner ni salle de bains, 30$

Ei Yé Moun, guest-house rudimentaire, cellules en bas à 10 000 Ks, chambres doubles ou triples en haut, donnant sur le balcon, 13 000 Ks, salle de bains en bas, eau froide, pas de petit déjeuner.
Yadanar guest house, 10 000 Ks, bon rapport qualité prix, bon accueil

 

Arrivée à Hkanti. L’aéroport est à deux minutes du centre-ville, mais je ne le sais pas… Une moto m’emmène et je finis par trouver une guest-house qui accepte les étrangers et me semble correcte.

J’ai une clé pour ma chambre qui se ferme avec un petit cadenas, et une pour les toilettes. La douche est en bas : un bac en béton et un bol ; l’eau est glacée. Nous sommes en montagne et j’ai sur moi tous les vêtements chauds apportés : bonnet, un pull en polaire, deux vestes dont une coupe-vent à capuche.

Le gérante de la guest-house se déride quand je lui dis que je reste trois nuits et que j’aimerais aller dans les villages : son fils m’emmènera demain. La ville se limite aux deux côtés d’une grand-rue qui se termine sur la digue bordant la Chindwin. En août, ça déborde et toute la ville est sous l’eau, les maisons parfois emportées…

Je teste le restaurant près du marché, excellent, puis la maison de thé installée près de la digue, dans l’enceinte d’une vieille pagode, très bonne aussi. A y penser, c’est étrange cette vieille pagode qui tombe en ruine dans cette région christianisée. C’est la seule, et bien que quelques personnes passent avec des bols à aumône pour payer la construction d’une pagode, personne ne donne. Ce premier jour, j’explore le marché qui vend surtout des produits locaux, et des vêtements chauds et couvertures venant de Chine. Les jours suivants, j’explore les villages avec Ko Maung : Naga, Shan et Siyin, pour les Naga et Siyin, des groupes christianisés, et en conséquence, mis à l’écart voire pire…

Promenade le long de la digue et distribution de graines quand c’est opportun. Je rencontre une famille Siyin. La mère se dit soucieuse : les Birmans arrivent et font des affaires, mais pour eux, la vie est très difficile. Un de ses fils travaille au chantier de la route qui va relier l’Inde à la Birmanie. Il casse des cailloux pour 250 $ par mois et il est épuisé. Les deux autres sont chercheurs d’or. On parle de l’environnement, de l’impact de l’extraction. Elle sait… Le soir, il fait un froid de canard et j’ai du sommeil à rattraper, je suis au lit à 19 h 30. Je n’ai que ma lampe de poche et une ampoule blafarde. Une partie des cloisons est en moustiquaire, le reste en contreplaqué très mince.

Hkanti est une petite ville abandonnée qui commence pourtant à intéresser les Birmans… Ils arrivent pour le jade (mine tout près, j’irai voir la prochaine fois), ambre, or.

Petit déjeuner à la maison de thé : le cadre est agréable et l’établissement très bien tenu, les beignets délicieux. C’est Noël ! Mon chauffeur passe me prendre et nous partons vers les villages. Il faut dire que, au premier abord, les Birmans ne comprennent pas du tout cette idée d’aller dans les villages. Parfois ils s’arrêtent dans un faubourg et me disent « tiens, voilà un village ». Donc, je parle des graines, de mes études, des ateliers…. Mon chauffeur commence à m’arrêter là où il y a des jardins, et il faut réajuster : ces gens-là n’ont besoin de rien. Il me quitte en me disant « tu reviendras tante ? ».

 

Je passe sur les deux planches qui montent sur le bateau avec mes deux sacs à dos et ma petite valise… J’ai le siège 1 et heureusement, personne à côté de moi car deux personnes comme moi ne risquent pas de tenir sur la banquette en bois ! La TV est déjà en route, le bateau se remplit et montent les vendeuses qui piaillent pour vendre tout et n’importe quoi. Il y a une brume à couper au couteau et nous avançons avec la corne de brume. La Chindwin est un fleuve très utilisé ; c’est en fait le seul moyen de communication dans cette région, à part l’avion de Rangoon et Mandalay. Depuis cette année, les minibus passent entre décembre et mai. On apporte donc le fuel, l’essence, le ciment, les produits de Chine… et on fait descendre les bambous coupés, attachés sur d’énormes radeaux, pour les vendre plus bas, en Basse-Birmanie. Le bateau fait taxi : parfois, une barque attend au milieu du fleuve, s’approche et en quelques secondes, passe deux ou trois caisses, parfois une lettre, que l’on dépose plus loin de la même façon.

La décrue du fleuve permet la mise en culture des berges, très fertiles.

Côté Birmanie centrale (Est), c’est plat, de l’autre, près de l’Inde, ce sont de hautes montagnes avec des sommets à plus de 3 000 mètres. Autant les paysages sont beaux et les gens chaleureux (on mange ensemble et on partage une salade de thé), autant la façon de faire est difficile à voir : tout s’achète en sac plastique, le thé du matin, le lait, le riz, le curry… et dès consommé, le sac est jeté dans l’eau, ou du bus si l’on est en bus. Une catastrophe !

Arrivée à Homalin à 17 heures. Une moto m’emmène à un hôtel. Le propriétaire est un homme d’affaires de Mandalay, les chambres sont très chères mais pas de petit déjeuner, pas de salle de bains. Il faut descendre de deux étages pour avoir un WC.

Ca ira pour ce soir où la migaine me guette. En cherchant un restaurant le soir, je fais le tour des guest-houses ; une seule accepte les étrangers et me propose une cellule (la chambre typique birmane, sans fenêtre avec juste la place du lit, murs en partie en moustiquaire, très sonore donc, et la salle de bains commune, ou une chambre double un peu plus chère au deuxième étage, donnant sur le balcon. J’en profite, je n’ai aucun voisin ; le balcon donne sur le fleuve. Avec un thermos de thé et un bon livre, c’est ma soirée du Nouvel an. Homalin est une grande ville et regorge de restaurants et de maisons de thé mais aucun ne vaut le déplacement. On y vend ce qui est produit à Hkanti : jade, or, ambre, et aussi du thé et de la salade de thé produite sur place. Po Gnew qui m’a emmenée de la jetée toute proche à la guest-house m’emmène les jours suivants dans les villages. Je traverse le fleuve. Etant donné que je ne m’arrête qu’aux maisons délabrées, je constate l’écart entre Birmans et groupes ethniques, en particulier Naga. C’est donc avec eux que je commence à discuter, et beaucoup de monde rapplique pour avoir des graines de légumes et savoir comment produire ses graines. De l’énorme paquet que j’avais, il ne reste que quelques graines de salade, et la chicorée, offerte mais dont je ne sais pas vraiment à qui la donner.

Les billets de bateau se prennent, comme à Hkanti, à la jetée sous un des très gros acacias qui bordent les routes. Un fonctionnaire est assis à une table. Il faut discuter car les étrangers paient normalement double prix que les Birmans ; là encore, je les trouve bons joueurs car ils rient beaucoup à mon argument « je parle birman, je paie comme les Birmans ». Ca marche ! Le voyage durera 18 heures, je prends une 1e classe qui me donne droit à une place dans une cabine au lieu d’un banc en bois. Première classe… mais pas grande place : une cabine de 2,2 X 2,2 mètres pour 6 personnes ! Et mes voisines de cabine sont plutôt rondes et voyages avec d’énormes valises, des sacs plus ou moins déchirés, couvertures chinoises… Ce sont des Birmanes aisées et assez sans-gêne. Je me retrouverai poussée contre la porte. Il pleut et la pluie rentre… Au moins, je suis allongée et me repose.

Là encore, le bateau fait taxi et s’arrête souvent, mais très rapidement. Parfois, des vendeuses montent. J’achète mes repas : riz gluant cuit dans un bambou, légumes sautés. Le reste, notamment les cuisses de poulet frites je ne sais quand et touchées par tout le monde ne me tentent pas, pas plus que les œufs de caille.

J’avais prévu de m’arrêter à Kalewa, je pensais que le bateau n’allait pas plus loin, mais Kalewa est un coin à problème ; on y déteste les  qui sont harcelés par l’immigration et on ne peut pas s’éloigner de plus de deux kilomètres.

Etant donné qu’il n’y a rien à voir ni à faire à Kalewa, je change mon billet et prolonge jusqu’à Monywa, ce qui me fait 7 heures en plus. Nous arrivons vers 17 heures, et je gagne le Shwe Taung Thar hôtel, bon marché et correct, avec salle de bains et eau chaude ! J’y reste deux nuits pour explorer le centre que je n’ai jamais vu. On trouve encore de vieilles maisons en teck, ou d’autres de l’époque coloniale, 19e siècle, de beaux monastères, de larges rues bordées d’acacias et de banians. Le vieux marché a beaucoup de charme, mais un très grand marché, le plus grand du pays à mon avis, s’est installé un peu plus loin. C’est un gros centre de circulation des marchandises venant d’un peu partout. J’achète de quoi grignoter : pâte au tamarind, sucre de palmier, salade de gingembre et de thé. C’est la saison des kumquats et des mandarines.