Pyi Oo Lwin, Thsipaw et Lashio

Village Palaung. Photo Marchés d'Asie.

Village Palaung. Photo Marchés d’Asie.

De Mandalay, seules des voitures privées assurent, pour le moment, le trajet jusqu’à Lashio. La route de s’enfonce sous une tonnelle d’acacias puis grimpe dans la montagne tournant en épingle à cheveux. A l’entrée de Pyi Oo Lwin, nous passons devant l’école de formation des services de renseignements, «l’élite triomphante» affirme une pancarte. D’immenses pépinières montrent l’importante activité agricole de la région. Nous croisons des vélos chargés de bottes de chrysanthèmes colorés. Je pose mes sacs au Golden Dream et file au marché, vaste et animé. J’enfile les allées une à une et découvre les bijoux, pulls en acrylique, antiquités et marchandises chinoises. La calèche qui porte le nom de Manchester United m’emmène pour le tour du vieux quartier de la ville : maison en briques de style cottage, jardins fleuris à l’anglaise… J’imagine ici les fonctionnaires britanniques à l’époque coloniale venant se reposer ici de la fatigue du climat de Rangoon. Après un diner au Krishna, j’essaie de dormir ; ma chambre donne sur la route reliant Mandalay à la Chine. Les camions se suivent toute la nuit dans un vacarme ininterrompu.

Photo Marchés d'Asie.

Photo Marchés d’Asie.

Billy, mon guide, qui m’emmène dans les villages pendant deux jours. Il me raconte l’histoire de ses enfants partis à l’étranger, qu’il ne voit plus, de son métier précaire maintenant que les touristes sont rares… Le premier jour, nous passons à Sinn Lain Yua, le « village de la route des éléphants », à une heure de marche. A la maison de thé qui fait office de boutique, je questionne les villageois présents : ici vivent plus de mille habitants ; Népali, Shan, Bamars et Lisu. Ils cultivent des fleurs, des arachides et des fruits, des fraises entre autres, des légumes, du riz et des patates douces. Raja et Kamol, deux jeunes Népali prennent la parole : ils ne vont plus à l’école, préfèrent les petits boulots mais veulent apprendre l’anglais pour parler avec les touristes. «Les touristes qui passent veulent voir les fraises et nous serrer la main. Nous sommes contents de leur montrer notre vie». Arrive Gusa, un Lisu de Mytkyna en route pour son champ  Il ne connait pas la France mais pense que son dieu est né là-bas.  Encore deux heures et demie de marche, et nous arrivons au village de O Pa Yua. Au monastère, U Etha Pa et U Ein Da, moines solitaires arrivés ici à quatre ans, nous reçoivent.

Ils me demandent si je sais que des moines ont manifesté en septembre 2007, en Birmanie, et s’étonnent qu’en France, nous le sachions, alors qu’eux-mêmes en ont seulement entendu parler récemment. Ils nous montrent la route des éléphants empruntée par Anawratha : arrivé au village, prêt à combattre, les Shans proposent au roi une alliance avec une princesse très belle. Mais une fois à Bagan, le roi fait la fine bouche, et chasse la princesse qui s’en retourne en pleurs, dans son village faisant escale sur la colline face au monastère. Une pagode rend hommage au souvenir de la belle princesse. Nous quittons le monastère, guidés par le moine dont j’entends la voix qui traverse la vallée… « Prenez le sentier qui monte à droite… »

La calèche "Manchester United". Photo Marchés d'Asie.

La calèche « Manchester United ». Photo Marchés d’Asie.

Pyi OO Lwin, petite ville tranquille ? Ce matin, nous partons à l’est, passons devant le camp militaire où ont séjourné pendant plusieurs années des enfants soldats, avant de déménager en 2003 près de Mandalay. Plus loin, il me montre l’école d’ingénieurs qui forme quatre cents militaires par an aux explosifs, entre autres !

En montant de Mandalay, parce qu’un entrepreneur était en panne, nous avons fait un détour par une étrange ville champignon. L’accès au site, gardé en permanence, comporte douze grands bâtiments dénommés « incubator » qui attendent le personnel, indien me dit-on, pour démarrer l’activité, liée aux réseaux internet, un projet en partenariat avec l’Inde. .  Dans le bus, mon voisin me parle de ces villes souterraines, construites récemment dans le secret… La Birmanie est un pays opaque…

Photo Marchés d'Asie.

Photo Marchés d’Asie.

Le lendemain, très tôt, j’enchaîne dans un bus cargo pour Chaukmè. J’escalade un sac d’oignons pour gagner ma place. La route est magnifique, tourne en lacets serrés. Du haut du col, la vue plonge sur la vallée ; au loin, j’aperçois le viaduc de Gotleik, silhouette fine entre deux escarpements. A peine descendue du bus près du marché de Chaukmé, un militaire m’informe que les étrangers ne sont plus admis à passer la nuit ici et que je dois chercher un bus ou un taxi. Dans la rue principale une dizaine de femmes Pa O assises en ligne à même le sol, vendent des figurines en bronze de leur fabrication. Je prends mon temps au marché, furieuse de toute cette route pour rien ! C’est finalement un militaire m’accoste et me propose, contre mille Kyats, de m’emmener avant l’entrée de la ville au restaurant où s’arrêtent les bus. Et c’est sans casque et à toute vitesse, malgré le contrôle qui verbalise au croisement, qu’il m’emmène. Ce n’est qu’après deux tentatives infructueuses que je suis parvenue à rester à Chaukmè…