La parole aux précaires

Pauvreté et précarité sont omniprésentes en Birmanie, et, plus que les statistiques, les discussions donnent une représentation plus précise quant aux causes de l’appauvrissement et son ampleur.  Au fil de l’enquête, les personnes nous parlaient de leur vie, montrant l’infinie variété de la pauvreté, et l’impact des politiques menées. Que disaient-ils ?

« Notre famille avait un atelier avec 4 métiers à tisser électriques mais à partir de 1989, les coupures d’électricité ont été si fréquentes que nous n’avons pas pu continuer et nous avons vendu à très bas prix les métiers à une société d’État. Depuis, j’ai dû une boutique au marché ainsi qu’un de mes fils ; nous gagnons entre 2500 et 3000 Kyats par jour (2,5 à 3 euros). Un autre a un atelier de réparation de montres et gagne environ 3000 Kyats par jour mais mon mari est tombé malade et ne peut plus travailler et nous ne pouvons même pas payer le traitement. »  Famille birmane, août 2004.

« Nous ne pouvons plus nous déplacer et vendre les bambous que nous coupons. Nous n’avons pas de papiers d’identité et avons besoin d’une autorisation qu’il nous faut payer ; en plus, l’armée prélève des taxes trop importantes sur chaque convoi. Je revends maintenant des bouteilles en plastiques et les déchets que je trouve. » Sittwe, villageois Rohynga, octobre 2011.

« Nous sommes agriculteurs. Ma femme gagne un peu d’argent en collectant des orchidées sauvages pour les collecteurs Chinois qui passent régulièrement et vont les vendre à Musé. Ils sont exigeants et ne prennent pas tout. Hier, tu l’as vu, elle a gagné seulement 1 500 Kyats pour 6 plantes, et 2 ont été laissées de côté (1,5 euro). Ce que tu nous dis sur une convention signée par notre pays et qui demanderait de ne pas cueillir, vendre et exporter les plantes sauvages, nous ne savons rien. Ici, aucune information n’arrive « du monde ». Et les collecteurs nous disent que ces plantes ont eu le temps de disperser leurs graines qui vont produire de nouvelles orchidées. Que mes enfants ne puissent plus les voir me soucie… » Village Palaung près de Chaukmè, novembre 2011.

« Auparavant, l’école était gratuite ; à présent, nous devons acheter les uniformes et les fournitures, ce qui revient à 15 000 Kyats) par an et par enfant (15 €). Notre fille ainée, que l’association a aidée pendant trois ans a terminé l’école. Tu as vu ses notes, elle a très bien réussi et a maintenant du travail dans l’atelier de fabrication de cigarettes. Grâce à son salaire, les deux plus petits peuvent aller à l’école ». Inlay, une famille d’agriculteurs, juillet 2007.

« J’ai été mise dehors de ma maison car je pas payé le loyer (5 000 Kyats) ». Rangoon, une femme et un nouveau né, rue Anawratha, 2009.

« Ici, c’est de plus en plus dur. On croit que pour les trishaws, il suffit de faire beaucoup d’heures pour finir par avoir un revenu, mais nous sommes trop nombreux à Mandalay et le nombre de touristes en baisse. Il y a des jours où je ne fais monter aucun client ». Mandalay, novembre 2011, devant le Garden Hôtel.

« Les choses sont devenues difficiles à la mort de mon mari. Je vendais du jus de canne et j’ai continué mais ça ne suffisait pas pour mes 4 enfants et nous avons dû quitter la maison pour cette cabane (3m2, les pieds dans l’eau). Ma fille ainée que tu connais vend des cartes postales pour les touristes et rapporte parfois 1 000 Kyats mais un de mes fils (18 ans) est en prison condamné à 18 ans pour vol et je n’ai pas de nouvelles depuis 2 ans. Au moment du cyclone Nargis, les voisins nous ont amené ce bébé que nous avons recueilli. Depuis, je n’y arrive plus ; ma mère a emmené mes deux garçons au village». Rangoon, novembre 2009.

« C’est vrai, le fait d’être devenus propriétaires de mon trishaw a amélioré ma vie mais je n’en peux plus… Je voudrais me retirer au monastère mais je ne le peux pas. Auparavant, j’ai le devoir, en tant que bouddhiste, d’organiser le shinbyu pour mes deux garçons ». Sittwe, , novembre 2010.

« Dans le delta, la vie est difficile. Je suis tailleur et vis avec ma femme qui coupe (les vêtements à coudre). J’ai un fils, brillant à l’école (on montre les premiers prix et de coupes trônent sur l’étagère) et j’héberge ma mère et ma belle-mère. Le cyclone Nargis a fait tomber un arbre sur la maison et je n’avais pas de quoi payer les réparations de mon toit. Ici, le travail manque. L’association a payé une commande d’avance et j’ai pu changer les tôles avant l’arrivée des pluies. Grâce à Yoyamay (une boutique de Rangoon) et à l’association, j’ai des commandes que je peux faire lorsque j’ai un creux et j’ai trouvé un mi-temps pour une société qui fait des chemises qui s’est installée dans la zone industrielle. Je fais la coupe selon les tailles ». Rangoon,  novembre 2011.

« Avant, nous mangions le poisson que je pêchais ; je suis agriculteur. Mais à présent, les poissons meurent, nous ne pêchons plus rien. » Village près de Myitkyina, août 2008.

« J’habite très loin du centre. J’ai presque 2 heures de bus pour venir dans le centre de Rangoon et, depuis que le prix des billets de bus a augmenté en 2007, j’ai du mal à faire vivre ma famille». Rangoon, astrologue , novembre 2009.

« Je suis guide officiel et gagne entre 300 et 600 $ par mois pendant la saison touristique mais depuis 2007, les touristes viennent moins nombreux et mes revenus baissent ; j’ai eu des calculs rénaux et le séjour à l’hôpital pour mon opération a coûté 800 $. J’ai repris le travail 3 jours après l’opération parce que j’avais un client. Je vais partir en Malaisie. » (Travailler comme serveur). Rangoon, novembre 2010.

« J’habite très loin du centre et paie pour le bus 7 000 Kyats par mois. Je gagnais à peine de quoi nourrir la famille, ça devient très difficile. » Rangoon, un réparateur de montre gagnant 3 000 Kyats par jour, novembre 2009.

« Ici, tout va mal, regarde ce quartier. Je ne veux ni parler ni photos. Il n’y a rien à faire » Pazundaung, récupérateur de bouteilles en plastique, novembre 2011.

« Je ne veux pas aller à l’école. Je suis porteur au marché depuis que j’ai 7 ans et j’aime être dans la rue. Je rapporte environ 3 000 Kyats par mois (3 €  au taux de 2011) à ma famille » Sittwe, Mama 12 ans, novembre 2009.

« Je travaille aux chemins de fer et gagne 40 000 Kyats par mois ; mes deux garçons n’ont pas encore de travail. J’élève des canards pour compléter. Quelle vie ! » Rangoon, habitant de  novembre 2009.

« Ici, à la guest-house, nous gagnons entre 20 000 et 40 000 Kyats par mois mais nous travaillons 7 jours sur 7 de 7 heures du matin jusqu’à parfois 11 heures du soir, parfois la nuit. Nous sommes contents d’avoir un travail mais c’est très dur. » Mandalay, employés dans une guest-house, novembre 2008.

« Nous sommes agriculteurs ; certaines années selon la récolte, tout va normalement mais en ce moment, nous n’avons presque plus de riz, et pas d’argent pour en acheter. Comment faire ? » Région de Kengtung, Ba Ku village, Lahu Shi, novembre 2009.

« Mes parents sont morts et je travaille maintenant au restaurant. Ils ont recueilli aussi mon grand-père aveugle, ma seule famille, mais je ne perçois aucun salaire. Je ne peux pas partir » Jeune fille 16 ans, Linthar village, novembre 2010.

« Dans ce village il y avait jusqu’à présent 8 maisons longues mais cette année, seulement 4 sont occupées par 4 à 6 familles dans chacune. Depuis qu’il y a la route, les familles s’en vont à Mong La pour trouver une vie plus facile. » Village de Wa Nye près de Mong La, novembre 2009.

« Je suis porteur pour le guide MTT (du gouvernement). Tu le sais, je porte, je fais la cuisine pour les touristes, je traduis les langues que le guide ne connait pas. C’est moi qui connais la région, et pourtant, le guide MTT perçoit trois fois mon salaire qui est aléatoire. Je dépends de lui et pourtant, il est rien sans moi. Très peu de gens viennent, à Putao. Mais peu à peu, les Birmans arrivent et prennent ce qui est à prendre, les champs et les affaires ; notre vie est en train de changer » Putao, porteur, novembre 2009.

« Je vais partir en Malaisie, il n’y a aucun avenir pour moi ici. » Nombreuses personnes, jeunes ou moins jeunes dans tout le pays ; le mouvement s’est accéléré depuis 2006.

« Mon problème, c’est la drogue, on a dû t’en parler. J’ai travaillé pendant deux ans dans les mines de jade de Pakhant, et une partie du salaire m’était donné en opium, ce qui me permettait de travailler plus durement. Mais quand j’ai quitté la mine pour me marier, je n’ai pas pu arrêter. Ici, à tous les coins de rue et aux yeux de tout le monde, tu peux trouver une dose d’héroïne pour 1 000 Kyats. Je ne peux plus travailler. Ma femme tient à la gare routière une boutique qui vend de l’alcool et vend bien. Elle est Lisu, et ma mère, chinoise, n’a jamais accepté mon mariage… Il faut que mes enfants s’en sortent mais ils me traitent mal. » Mytkyna, Maung Seide, novembre 2005.

« Avant, notre seul revenu provenant des tables que nous faisons et que les thaïlandais apprécient ; mais depuis deux ans, les touristes viennent nombreux et nous leur vendons l’artisanat que nous faisons. Si tu veux faire quelque chose, apportes des couvertures ou des vestes, mais seulement noires, selon notre coutume» Chamane du village Eng près de Kengtung, novembre 2008.

« J’ai tout le temps pour travailler, je suis encore petit, je veux aller à l’école ». Sittwe, Tha Gyi, 8 ans. Son père est en prison et il participe aux revenus de la famille (3 adultes et 2 petits frères).

« Je voudrais partir étudier l’anglais aux États-Unis ou en Angleterre et ouvrir une école à Sittwe. Je ne veux pas être une charge pour ma mère qui tient un restaurant. J’ai suivi les cours de Renaissance, (une ONG locale) qui m’a trouvé un poste à deux heures de bateau de Sittwe. En plus du salaire de 40 000 Kyats (40 € au taux de novembre 2011), je double mon salaire en donnant des cours particuliers ». Sittwe, novembre 2010.

« Nous débouchons les canalisations à la pelle et emmenons les charrettes comme engrais à la demande. Une charrette est payée 1 000 ou 1 500 Kyats selon la distance. C’est un travail épuisant et nous sommes obligés de tirer la charrette à deux ou trois. » Sittwe, trois jeunes Rohynga, novembre 2009.

« Ma pension est de 4 000 Kyats par mois ; ma femme travaille encore comme institutrice mais ça ne suffit pas ! Avec ma balance, je gagne parfois 500, parfois 1 000 Kyats par jour (1 € au taux de 2011), mais aujourd’hui, à midi, je n’ai encore rien gagné. » Un monsieur dont l’activité est de peser les gens, novembre 2010.

« Ici, l’eau manque en ville pendant de long mois. Il faut aller très loin pour en chercher et les gens nous demandent de leur livrer et de remplir les cruches. Nous portons 6 bidons de 20 litres sur une charrette et nous sommes à trois pour pousser. On nous paie 1 000 Kyats (1 € au taux de 2011) la charrette qu’il faut nous partager. » Sittwe, trois enfants dont on dit qu’ils ont 15 ans. Sittwe, jeunes Rohynga, novembre 2010.

« A cause des problèmes de santé de ma mère, j’ai dû vendre le trishaw pour payer l’hôpital. Maintenant, je vends illégalement des billets de loterie ; c’est dangereux mais je gagne bien » Sittwe,, novembre 2010.

« J’ai quitté la Birmanie car ça n’était plus possible pour nous. Ici (à Mae Sot), on peut passer sans problème, il suffit de payer. Mais c’est dur. Je travaille au ménage de la guest-house et je gagne 40 000 Kyats (40 €, même salaire qu’en Birmanie) ; c’est moins que les thaïlandais et ça n’est pas suffisant mais je ne peux plus repartir. J’ai un enfant maintenant. » Mae Sot, jeune fille, 23 ans, décembre 2011.

« Nous vendons en Thaïlande des préservatifs et du Viagra®, made in China ou in USA. Il suffit de payer pour passer ici et vendre et je gagne parfois 30 $ dans la journée. Je suis arrivé ici par bateau mais la plupart des Rohynga ont été rapatriés. » Mae Sot, Rohynga ayant fui par bateau, décembre 2011.

« Je travaillais dans l’armée à conduire les camions mais j’ai eu un accident, tu vois comme je marche difficilement ! Ils m’ont renvoyé et depuis, je suis trishaw. Avec 4 enfants, gagner 2 500 Kyats par jour n’est pas suffisant, même si grâce à l’association, je suis maintenant propriétaire de mon véhicule. J’ai démarré un élevage de porcs. Au début, ils étaient en pension chez moi et je n’étais pas propriétaire mais à la première portée, j’en ai eu 2,5. Le problème, maintenant, c’est ma santé. L’association a avancé l’argent pour l’opération mais on a découvert une tuberculose et l’opération n’aura pas lieu avant que j’ai terminé le traitement qui est cher ; je ne peux presque plus pédaler ; il y a toujours quelque chose qui ne va pas ! » Sittwe, novembre 2011.

« Ici, devant le restaurant New Delhi, nous vendons tous des pièces d’ordinateurs usagés. On doit payer une licence pour s’installer sur le trottoir et on gagne environ 4 d000 Kyats par jour. Mais depuis les élections, la municipalité nous interdit de nous installer sur les trottoirs et nous ne savons plus où aller. Mon frère est parti en Malaisie et il a planté le kit que tu nous as onné pour lui. Ca pousse à merveille. Redonne-nous des graines. » Rangoon, vendeur sur sur Anawratha devant le New Delhi, juin 2011.

« Je n’ai pas pu payer la licence de mon trishaw. J’ai été arrêté et fait trois mois de prison ; pendant tout ce temps, je n’ai pas gagné d’argent. » Dalla,  juin 2009.

« Ici, à Bagan, il y a 250 calèches mais, depuis 2007, les touristes ne viennent plus aussi nombreux qu’avant. C’est une catastrophe car il y a des jours où je ne gagne pas de quoi nourrir mon cheval » Bagan, 2008, Number 24.

« Je travaille à la voirie pour la municipalité mais mon loyer est de 7 000 Kyats et mon salaire de 35 000 Kyats ne me permet pas de manger comme je devrais. Les voisins parfois me donnent un peu. » Rangoon, jeune fille 17 ans, ramassant les déchets dans la rue, novembre 2009.

« Je viens de la Haute-Birmanie et travaille à transférer les ordures dans la benne. Je dors dehors, il n’y a rien à faire. » Rangoon,  jeune homme, nov. 2010.

« Ma mère est coiffeuse et gagne 50 000 Kyats avec les pourboires mais mon père a un cancer et nous ne pouvons pas payer l’hôpital, donne-moi des graines que je plante un jardin. » Rangoon, , fillette  novembre 2010.