Violences en Arakan : une situation complexe

Sittwe, juin 2012. Photo Marchés d’Asie.

L’Arakan, petit royaume longtemps indépendant, est devenu birman en 1784. L’état est limitrophe avec le Bengladesh. Depuis des siècles, des migrants s’installent sur le sol birman, certains amenés de force par un roi victorieux, d’autres manquant de terres au Bengladesh mais habitant le pays depuis des générations.

D’autres sont arrivés récemment. L’immigration a augmenté ces dernières années ; les migrants, sans papiers, ne peuvent pas circuler et la concentration de ces migrants atteint, dans certains villages, 98 %, une situation qui crée des tensions. Les difficultés économiques ont  accentué la méfiance, jusqu’aux violences en 2012, trop vite assimilées à des violences religieuses.

De nouvelles violences ont eu lieu en août 2017 à la suite de l’attaque par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingya des postes-frontières. Il s’en est suivi une violente répression de l’armée birmane faisant plus de 1 000 morts selon l’ONU et menant au déplacement de centaines de milliers de personnes. Les villages sont détruits par l’armée birmane, tout comme les quartiers musulmans de Sittwe, en 2012.

On estime le nombre des Bengalis à 1,33 millions, pour une population totale de 60 millions environ. 1,08 millions d’entre eux vivent en Arakan et seulement 40 000 d’entre eux ont la nationalité birmane.

Que dit la loi  ? Le gouvernement militaire, à partir de 1962, développa une politique ultranationaliste. Les groupes ethniques minoritaires prirent les armes pour des droits que le gouvernement ne leur accordait pas et contrôlaient une partie du territoire. En 1982 a été mise en place la loi sur la citoyenneté qui n’accordait la nationalité qu’aux groupes ethniques présents sur le territoire avant la colonisation. Pour les autres, il fallait la demander et fournir sur plusieurs générations, les papiers prouvant une présence sur le territoire. Il n’y avait pas d’état-civil et beaucoup ne pouvant fournir ces papiers, ont été enregistrés comme « étrangers ».

Les violences commises par l’armée : sous la junte, pour faire face aux insurrections des groupes ethniques, l’armée se renforça et passa de 180 000 à plus de 400 000 hommes. Les exactions étaient nombreuses et, sous Than Shwe ont fait partie du système. L’armée, par les contrats passés avec quelques privilégiés partis de rien, a mis la main sur les ressources du pays et tient l’économie. La constitution de 2008, écrite par des militaires, pour eux, préserve pour l’armée 4 des principaux ministères, dont celui de l’armée. 25 % des sièges des assemblées sont aussi réservés aux militaires.

Elle accorde une amnistie totale aux militaires pour toutes les exactions passées ou futures. Les violences commises ne font donc l’objet d’aucune poursuite. L’armée reste tout puissante dans le pays, à tous les niveaux. De ce fait, Aung San Suu Kyi n’a pas de marge de manoeuvre. Tant que la constitution ne sera pas modifiée, l’armée restera toute puissante et incontrôlable.

Enfin, la construction de la nation ne se fait pas autour de valeurs partagées, ce qui favorise la montée de l’extrémisme.